Jacqueline Schaeffer: «La différence des sexes n'est pas de l'inégalité»

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Jacqueline Schaeffer: «La différence des sexes n’est pas de l’inégalité»


20minutes, 17/09/2013

La psychanalyste Jacqueline Schaeffer.PSY – Pour la psychanalyste Jacqueline Schaeffer, l’influence de la mode et des médias sur les petites filles peut être dommageable pour leur apprentissage de la féminité…

«On ne naît pas femme, on le devient». Si Simone de Beauvoir dénonçait déjà à la fin des années 1940 le conditionnement des petites filles par la société, les psychanalystes, eux, abordent la question de l’apprentissage de la féminité de manière radicalement différente. La psychanalyste Jacqueline Schaeffer a consacré une grande partie de ses travaux à la question du féminin. Elle nous explique comment une petite fille construit son identité, influencée par l’extérieur mais surtout prenant modèle sur sa mère.

Comment une petite fille prend-elle conscience qu’elle est une fille, différente d’un garçon?

Les petites filles prennent conscience de leur féminité par le regard posé sur elles. Elles comprennent très vite qu’elles peuvent séduire et observent leur mère, qui transmet cette féminité, ainsi que le regard de leur père sur elles. Pendant l’Œdipe, elles comprennent qu’il y deux sexes, et cherchent à saisir le secret du désir. En voulant séduire papa au même titre que leur mère, elles intériorisent alors ce qu’est la mère et le regard que porte le père sur celle-ci. Plus la mère sera féminine et séductrice, plus la petite fille, qui s’identifie fortement, le sera. Cela peut changer à l’adolescence, où l’on prend quelque fois le contrepied de ce qu’est la mère.

La mère est-elle le seul modèle qui permette à la petite fille de se construire en tant que femme? Ou la société, les médias, l’école, peuvent-elles jouer un rôle?

Déjà, il faut noter que les mères sont elles-mêmes sensibles aux médias, aux images de mode, et qu’elles transmettent ça à la petite fille. Mais l’influence sociale et celle de la société de consommation ont poussé les petites filles à chercher des modèles en dehors de la sphère familiale. Cela peut être très dommageable car si la mère ne répond pas aux attentes des petites filles, par exemple en ne leur achetant pas le vêtement de marque qu’elles veulent, elle sera taxée de ringarde, ne sera plus un modèle et cela peut dévier la construction personnelle de la petite fille.

Peut-on élever une fille et un garçon de la même façon?

La théorie du genre dont on parle beaucoup actuellement considère que la construction de la différence des sexes est sociale et qu’on peut se dire fille si on est né garçon ou l’inverse. En tant que psychanalyste, je pense plutôt que les enfants doivent être laissés tranquilles pendant la période de latence, quand ils désexualisent leur vie après l’Œdipe jusqu’à l’adolescence. Maintenir cette excitation permanente du côté de la sexualisation les pousse à rechercher leur identité à l’extérieur plutôt qu’à se construire à leur propre rythme. Il faut vraiment tenir compte de la différence des sexes, sans penser que c’est de l’inégalité. On peut être égaux et différents. Les parents devraient apprendre cette différence aux enfants tout en leur inculquant le respect de l’autre. Cet apprentissage de l’altérité permet de ne pas mépriser ce qui n’est pas comme soi.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
septembre 18th, 2013

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