IVG : un médicament contesté remboursé par la Sécu

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IVG : un médicament contesté remboursé par la Sécu


lefigaro, 06/02/2014
La ministre de la Santé vient de signer le remboursement d’un produit qui suscite l’inquiétude des gynécologues français.

En pleine tourmente sur l’IVG, la pilule va avoir du mal à passer. Le 20 janvier dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a signé le remboursement d’une pilule abortive, le Miffee, pourtant très vivement critiquée par les gynécologues. En novembre dernier, six professeurs de gynécologie reconnus avaient écrit à la ministre pour lui faire part de leurs inquiétudes quant à l’arrivée de ce médicament du labora­toire français Linepharma basé à Paris (Le Figaro du 28 novembre 2013).

Selon ces médecins, il n’existe notamment pas de preuve d’innocuité du produit. Par ailleurs, sur le plan réglementaire, le Miffee ne peut être prescrit qu’en association avec un autre médicament, le gemeprost. Le problème, c’est que le gemeprost n’est plus utilisé en France à cause de ses effets secondaires (il provoque des douleurs). Il doit être conservé à -15 °C et il est cher.

Autrement dit, le Miffee va être utilisé en France hors des indications de mise sur le marché (hors AMM) puisqu’il va être associé à d’autres médicaments pour lesquels il n’a pas eu l’autorisation d’être associé. Cette situation intervient dans un contexte particulier car, depuis l’affaire du Mediator (antidiabétique prescrit en réalité comme coupe-faim), les autorités sanitaires serrent la vis aux médecins pour les décourager de prescrire hors AMM.

Taux maximal de la Sécu

Aujourd’hui, le Pr Israël Nisand, chef du pôle de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg, qui faisait partie des signataires de la lettre adressée à Marisol Touraine, qualifie la ministre d’«irresponsable». «S’il venait à y avoir des problèmes de santé avec ce médicament, la ministre sera directement responsable. Et nous ne la ménagerons pas», tempête-t-il. Comme d’autres médecins, il a demandé au pharmacien responsable des achats de son hôpital de ne pas commander ce nouveau médicament.

Dans les pays nordiques, le Miffee est en vente depuis deux ans, alors que le gemeprost n’y est même pas commercialisé. La HAS (Haute Autorité de santé) avait proposé le remboursement de Miffee à 65 %, soit le taux maximal de la Sécurité sociale. La ministre a donc suivi l’avis de la HAS, ce qu’elle n’est pourtant pas obligée de faire.

La France, par le biais de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), s’était pourtant opposée à la mise sur le marché du médicament, mais avec les jeux des procédures européennes, elle n’a pas eu d’autre choix que de la lui accorder.

Contacté par Le Figaro, André Ulman, le patron de Linepharma, se défend: «C’est aux autorités administratives (ANSM, HAS et ministère) de donner des informations sur ce sujet, ce n’est pas à vous de le faire. Depuis 1997, c’est la même société (le laboratoire Exelgyn, NDLR) qui a le monopole de la pilule abortive avec le RU 486, je comprends que ce soit difficile pour eux de perdre le monopole.»

En décidant de rembourser ce médicament, le ministère de la Santé valide et promeut son utilisation. Le 22 janvier dernier, Marisol Touraine était dans les locaux du Figaro pour une interview. Interrogée dans un couloir pour savoir si elle avait ou non l’intention de signer le remboursement de ce médicament controversé, elle avait répondu ne pas savoir de quoi il s’agissait. Elle venait de signer le remboursement deux jours plus tôt.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
février 9th, 2014

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