Avortements eugéniques en Pologne : les sages-femmes demandent que soit respectée leur clause de conscience

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Avortements eugéniques en Pologne : les sages-femmes demandent que soit respectée leur clause de conscience


ndf, 09-04-2014
plakat_podpisyLes avortements eugéniques en Pologne n’ont pas la même ampleur qu’en France ou ailleurs en Europe, mais la tendance est à la hausse. Ce que les défenseurs du droit à la vie appellent avortements eugéniques, ce sont les avortements réalisés à la suite d’examens prénataux ayant fait apparaître des déficiences génétiques ou des maladies graves et incurables de l’enfant conçu. Il existe bien entendu des cas difficiles où la déficience est jugée incompatible avec la vie, mais dans une majorité de cas on élimine des enfants dont la maladie ou la déficience n’est qu’un handicap et non pas une source future de souffrances insurmontables et de mort très précoce. Il en est ainsi par exemple des enfants trisomiques qui sont éliminés à proportion d’environ 90 % au stade prénatal en France. En Pologne, les cas de déficience génétique ou de maladie grave et incurable, une des trois situations où il est permis à une femme de demander un avortement, représentaient en 2011 620 avortements sur 669 IVG déclarées. En 2002, ce chiffre était de 82 pour 159 IVG déclarées. Le recours plus fréquent aux examens prénataux est à l’origine de cette hausse et malheureusement, en Pologne aussi et toutes proportions gardées face aux quelque 220 000 avortements déclarés chaque année en France, ce sont souvent des enfants atteints du syndrome de Down ou d’autres syndromes tout à fait compatibles avec la vie, comme le syndrome de Turner, qui sont assassinés avant leur naissance. La date limite pour réaliser ces avortements étant assez floue («tant que l’enfant ne pourrait pas survivre de manière autonome hors du ventre de sa mère»), ces IVG sont souvent assez tardives et l’on peut imaginer ce que doivent vivre les sages-femmes chargées d’assister les médecins. En réalité, on s’aperçoit à la lumière d’une polémique qui vient de voir le jour en Pologne que certains médecins se contentent d’administrer les médicaments qui provoqueront une fausse couche et de laisser les sages-femmes de leur service se débrouiller sans même les prévenir qu’il s’agit d’un avortement provoqué volontairement dans le but de tuer l’enfant.

C’est ainsi que les sages-femmes d’une clinique privée de Rzeszów, dans le sud-est du pays, ont été mises à plusieurs reprises en situation d’accueillir le petit corps pas toujours sans vie d’un enfant à la 22e ou 23e semaine de grossesse sans qu’il leur ait été possible d’invoquer la clause de conscience que leur garantit pourtant la loi polonaise au même titre que pour tous les autres personnels médicaux qui pourraient avoir à être impliqués dans de tels actes. Mettons-nous à leur place, ces sages-femmes ont choisi leur métier pour accueillir la vie et pas pour tuer les enfants jugés inaptes par nos sociétés où la performance est reine et où la souffrance humaine doit être éliminée ou à défaut masquée. En Pologne, où la moitié de la population condamne les avortements dans tous les cas et où un autre quart n’accepte la possibilité de se faire avorter que dans certains cas strictement délimités (voir l’article ici), les sages-femmes sont souvent catholiques et Agata Rejman, la sage-femme qui a ébruité les pratiques de la clinique Pro-Familia de Rszeszów, a même pris avec ses collègues la peine de baptiser chaque enfant mort-né dans les trois avortements qui lui ont été imposés. Ces sages-femmes seraient sans doute profondément choquées de lire le site officiel du gouvernement français promouvant l’avortement où l’on ne parle des enfants qu’en terme de «contenu» de l’utérus, sans même utiliser le mot fœtus (voir l’article ici).

La meilleure défense étant l’attaque, aujourd’hui le directeur de cette clinique poursuit la sage-femme en justice pour diffamation car il réfute le terme employé par Mme Rejman dans les médias selon lequel son établissement «tuerait» des enfants, en arguant que toutes les IVG réalisées par la clinique Pro-Familia étaient légales et qu’il refuse que sa clinique soit comparée à un vulgaire avortoir. Néanmoins la constitution polonaise garantit la liberté d’expression et il sera difficile à la clinique d’obtenir la condamnation d’une sage-femme pour avoir appelé les choses par leur nom, et ce d’autant plus que plusieurs de ses collègues confirment avoir été mises elles aussi en situation de devoir assister à des avortements sans qu’elles puissent invoquer la clause de conscience pour refuser. Si Mme Rejman travaillait depuis 4 ans dans le même établissement, ce n’est que depuis décembre 2013 qu’on y réalise des avortements.

La sage-femme raconte ce qu’elle a dû vivre dans une interview accordée à l’hebdomadaire catholique Gość Niedzielny du 16 mars dernier :

C’était à la fin de l’année dernière. Je suis venue prendre mon service de nuit. Mes collègues semblaient énervées et même consternées. Elles m’ont indiqué qu’il y avait une patiente à qui on administrait des médicaments destinés à provoquer des saignements, mais personne n’a appelé la chose par son nom et moi je n’ai pas deviné tout de suite. Pendant ce temps un médecin est venu et il m’a ordonné de lui mettre un goutte-à-goutte intraveineux avec des médicaments pour provoquer des contractions. Je croyais qu’il s’agissait d’une fausse couche car la procédure est très similaire dans ce genre de cas. Je me suis retrouvée en tant que seule sage-femme dans le service à ce moment-là. J’ai fait venir une collègue d’un autre service pour me faire aider puis, alors que j’étais occupée à d’autre tâches, ma collègue est arrivée en courant et elle m’a dit : «Agata, ta patiente a fait une fausse couche, que dois-je faire ?». Je ne savais pas toujours pas ce qui se passait, je croyais qu’il s’agissait d’un avortement spontané. Ma collègue a pris l’enfant, elle l’a enroulé dans un linge et l’a porté dans une autre salle et elle ne savait plus quoi faire. Même si elle est plus âgée et plus expérimentée que moi, elle était très secouée et m’a dit qu’elle n’avait jamais eu affaire à une telle situation. Puis quand j’ai eu fini avec mes autres patientes, je suis venu voir l’enfant et je l’ai baptisé même s’il était déjà mort. Puis j’ai dû mettre son corps à tremper dans du formol car c’est la procédure. Il a fallu que je le regarde, que je prenne ce petit corps dans mes mains. Qui pourra me dire que la sage-femme n’a qu’un rôle marginal dans tout cela ?

C’était le premier cas de ce type que nous avions, au troisième cas je me suis mise en arrêt maladie. J’étais complètement écrasée, en tant que femme, en tant que mère et en tant que catholique. Le troisième cas d’avortement pendant mon service, c’était le 1er janvier. J’ai appelé le médecin et je lui ai dit de s’occuper lui-même de la patiente, que moi je n’allais pas prendre part à cet avortement parce que je suis catholique et que je veux recevoir les sacrements et pouvoir regarder mes enfants droits dans les yeux demain matin. Mais quand l’accouchement a commencé il n’y avait personne d’autre que moi et une collègue avec le médecin dans le service et nous avons dû nous occuper de la patiente. On a d’abord vu sortir une petite jambe, puis le médecin a tiré et le reste est sorti. L’enfant est tombé dans un récipient métallique. Nous l’avons posé sur un linge et nous l’avons baptisé. Je suis sortie dans le couloir. Je n’ai pas vu ça moi-même, mais ma collègue m’a dit que sur le linge il avait soulevé sa cage thoracique et qu’après avoir inspiré une fois il était mort. Elle l’a répété en réunion avec le médecin en disant qu’il ne pouvait en être ainsi, que les enfants meurent sous nos yeux…

La clinique n’a pas prolongé le contrat de travail de Mme Rejman et elle a agi de même avec deux autres sages-femmes qui avaient invoqué la clause de conscience pour signifier qu’elles ne participeraient pas à des avortements. Une association de soutien a été créée le 4 mars dernier, pour aider les personnels médicaux dans le même cas, sous le nom de «Des mains pour la vie» (Ręce Życia). Cette association affirme avoir déjà été contactée par de nombreuses autres sages-femmes et infirmières faisant état de problèmes similaires dans leur travail. Un sénateur d’un petit parti conservateur (issu de scissions des deux grands partis de droite polonais, le parti libéral PO et le parti conservateur PiS) a pris sa défense et milite aujourd’hui pour faire respecter le droit à la clause de conscience pour les sages-femmes, un droit qui est beaucoup moins respecté semble-t-il en Pologne que celui des médecins gynécologues-obstétriciens.
Récemment dans la ville polonaise de Wrocław, dans une autre affaire qui avait fait du bruit, c’est justement un médecin qui avait entrepris (en vain) de réanimer le bébé après un avortement eugénique tardif où l’enfant était sorti vivant du ventre de sa mère.
Ces dernières années, deux initiatives populaires ayant recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures et une initiative parlementaire ont tenté de modifier la loi polonaise pour interdire les avortements eugéniques (lire l’article ici). Mais ces initiatives ont malheureusement été rejetées par le parti libéral au pouvoir, favorable au maintien du statu quo actuel, et par les partis de gauche favorables à une libéralisation de l’avortement sur le modèle français.

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Publié par:
Benoit

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avril 16th, 2014

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