Ces jeunes filles qui détestent le féminisme

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Ces jeunes filles qui détestent le féminisme


madame.lefigaro, 18 juillet 2014
anti-féministeAvec ou sans argument, des jeunes filles se déclarent contre le féminisme sur le blog Women Against Feminism.
Après le buzz créé par le blog Women Against Feminism (les femmes contre le féminisme, NDLR), l’historienne Sylvie Chaperon décrypte cette relation amour-haine qu’entretiennent les femmes avec le mouvement qui défend leurs droits. Interview.
Elles doivent trépigner, ces « Women Against Feminism » : depuis quelques jours, leur blog et page Facebook font du bruit. Car ces jeunes filles ont trouvé un combat aussi paradoxal que sensationnel : « casser la gueule » au féminisme. Chacune tient une petite pancarte qui débute par « I don’t need feminism because…» (traduire : « je n’ai pas besoin du féminisme parce que…»), et le blog égrène des raisons aussi nombreuses que les participantes. Certaines pointilleuses disent préfèrer « l’égalitarisme » au féminisme, ce gros mot. D’autres sortent carrément la tronçonneuse faisant de la lutte égalitaire une entreprise autoritaire d’émasculation générale qui assujetit tout autant les femmes en les victimisant. Au choix. Selon elles, le harcèlement sexuel, les inégalités professionnelles, la culture du viol, le sexisme dans les médias et le patriarcat sont des inventions de personnalités chatouilleuses et mortes d’ennui. Au-delà des arguments discutables que l’on y trouve, le blog Women Against Feminism souligne surtout que le mouvement pour l’émancipation ne trouve pas son public dans la jeune génération. Décryptage de ces jeunes ennemies du féminisme avec Sylvie Chaperon, historienne, auteure du livre Les Années Beauvoir (éd. Fayard).LeFigaro.fr/madame. – Les femmes contre le féminisme… Est-ce du jamais vu ?

Sylvie Chaperon.–  Ce n’est pas nouveau. L’anti-féminisme a toujours existé, même au féminin. Il s’agissait plutôt de femmes catholiques durant la première vague de féminisme entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Elles défendaient surtout l’image de la mère et de l’épouse dévouée. Ici, ces jeunes filles reconnaissent que les hommes et les femmes sont égaux en droit mais oublient complètement que c’est grâce aux féministes ! Certaines opposantes pensent que le combat est désormais inutile mais elles reconnaissent tout de même son utilité dans le passé. Chez les « Women Against Feminism », il y a un dénigrement complet de l’histoire. Comme si l’égalité était tombée du ciel.Comment expliquer ce mépris de la part des premières concernées ?
Accepter le féminisme, c’est accepter l’idée qu’on est dominée. Et ce n’est jamais flatteur. Le déni est plus confortable. La prise de conscience se fait plus tardivement. Les filles de ce blog ont l’air très jeunes et avancent le fait qu’hommes et femmes ont les mêmes droits. Elles ont raison : dans la loi, ils sont égaux. Mais il faut du temps pour réaliser que cette égalité parfaite n’existe pas dans la réalité. Ces filles n’ont pas encore fait l’expérience des inégalités dans les pratiques sociales : elles n’ont pas encore vu leurs collègues masculins grimper plus vite qu’elles, ni leur mari ne pas s’occuper des enfants pour lesquels elles sacrifieront peut-être leur carrière. Pour voir la différence entre le droit juridique et la réalité, il faut souvent attendre la trentaine voire la quarantaine.
Le féminisme est-il donc une cause d’adultes ?
C’est vrai que le mouvement a toujours eu un problème générationnel. Il est plus porté par des personnalités âgées. Il y a toujours eu un processus d’opposition des jeunes générations avant qu’elles ne le recréent elles-mêmes pour qu’il soit dans le coup. Ces jeunes filles pourraient donc reprendre le flambeau dans dix ans ?
Elles pourraient devenir le renouveau du féminisme… mais elles sont très mal parties (rires).Beaucoup affirment qu’elles ne sont pas féministes mais égalitaristes. Quelle différence ?
C’est bizarre… Si on est pour l’égalité, on est féministe ! Le féminisme, c’est vouloir promouvoir les femmes, l’image des femmes et leur liberté. À la différence de l’égalitarisme, le terme a le mérite de désigner directement les inégalités faites aux personnes de sexe féminin. Mais il y a toujours cette difficulté à reprendre un mot si négativement connoté. Dans les années 1990, certaines rejettaient aussi le mouvement, préférant se dire « anti-sexistes ». On a toujours besoin de réinventer de nouveaux termes, même si on revient à celui de féminisme. Pourquoi le féminisme est-il encore connoté comme un mouvement de femmes radicales et revanchardes ?
C’est un mouvement très divisé avec des radicales, des modérées, des cathos, des lesbiennes, de plus en plus de musulmanes. Il y a toujours eu quelques misandres, mais ce n’est qu’une infime minorité ! J’ai l’impression que les militantes n’ont jamais réussi à maîtriser leur image, celle-ci a toujours été déformée, dévalorisée par les médias. Peut-être qu’elles ne sont pas douées dans la communication… ou qu’il n’y a tout simplement pas assez de femmes dans les conférences de rédaction.

 

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
juillet 24th, 2014

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