Entretien avec le professeur Chazan, un gynécologue-obstétricien polonais attaqué pour ses prises de position contre les avortements eugéniques

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Entretien avec le professeur Chazan, un gynécologue-obstétricien polonais attaqué pour ses prises de position contre les avortements eugéniques


ndf, 29-08-2014
Le professeur Bodgan Chazan
«Qu’il soit ou non accepté par sa mère, l’enfant est toujours un enfant. Pour moi, le médecin a le devoir de se faire l’avocat de l’enfant qu’une mère porte dans son ventre, qu’il soit désiré ou non, car il ne s’agit pas d’un organe supplémentaire dans le corps de la femme enceinte mais d’une nouvelle personne à part entière avec les droits qui accompagnent chaque être humain.»

Le professeur Bogdan Chazan est un gynécologue-obstétricien polonais qui a pratiqué des avortements dans le passé mais qui est aujourd’hui connu pour ses positions ouvertement pro-vie. Des positions qui lui ont coûté son poste puisqu’il a été démis de ses fonctions de directeur de l’hôpital de la Sainte-Famille à Varsovie en juillet dernier après que son établissement avait refusé un avortement «thérapeutique» à une patiente (une affaire que j’ai évoquée dans le journal Présent du 23.07.2014, voir aussi les articles à ce sujet sur le blog de Jeanne Smits). Je l’ai rencontré à Varsovie et il a accepté de répondre à mes questions pour les lecteurs de Présent (Présent du 22.08.2014) et de Nouvelles de France.

 

Vous étiez jusqu’à récemment directeur de l’hôpital de la Sainte-Famille à Varsovie. Vous êtes vous-même un gynécologue-obstétricien renommé en Pologne et l’hôpital que vous dirigiez jouit d’une bonne image. Le Maire de Varsovie, Mme Gronkiewicz-Walz, a décidé de vous démettre de vos fonctions après que votre hôpital a refusé un avortement que la loi polonaise autorise, puisque l’enfant concerné souffrait de malformations graves et incurables.  À la demande des parents de l’enfant, vous avez vous-même confirmé par écrit le refus de l’hôpital de réaliser cet avortement mais aussi d’indiquer un établissement qui pourrait se charger de réaliser cet avortement, invoquant votre clause de conscience. Est-ce bien selon vous ce qui a motivé votre licenciement comme cela a été dit dans les médias ?

Oui, c’est bien la raison pour laquelle on m’a licencié, mais il y a déjà eu dans le passé des cas similaires où un avortement a été refusé, par exemple par un professeur de l’Université médicale de Poznań qui a refusé d’avorter un enfant trisomique il y a deux ans. Et il semble que la patiente à l’origine de mon licenciement se soit également vue refuser un avortement par le directeur de l’Instytut Matki i Dziecka («Institut de la Mère et de l’Enfant») de Varsovie. Le professeur Dębski [le chef du service qui a pris en charge la patiente à l’hôpital Bielański après le refus de l’hôpital de la Sainte-Famille, ndlr] a lui aussi refusé l’avortement, mais les attaques se sont concentrées sur ma personne. J’en conclus donc que ces attaques ne sont pas le fait du hasard. Le fait est que dans le droit polonais un médecin peut refuser un avortement mais il doit dans ce cas indiquer un autre médecin qui se chargera de l’interruption de grossesse.

Cette disposition de la loi polonaise est attaquée par le Conseil supérieur de l’ordre des médecins comme étant contraire à l’idée de clause de conscience. Il est probable que le Tribunal constitutionnel reconnaisse prochainement le caractère inconstitutionnel de cette exigence légale. Par contre, je ne sais pas si la décision s’appliquera de manière rétroactive. Le problème de la loi actuelle, c’est qu’elle oblige le médecin à participer à l’avortement en indiquant un médecin avorteur.

En réalité mes employeurs n’ont pas dû trouver de faute grave de ma part puisqu’ils ont fait jouer le préavis de licenciement normal, ce qui veut dire que je suis en ce moment en congé forcé et que je ne quitterai officiellement l’hôpital qu’au 1er novembre. D’ici là, je perçois mon salaire tout en étant «libéré» de l’exercice de mes fonctions. S’il y avait eu faute grave de ma part, ils auraient pu me licencier sans préavis.

 

Vous nous avez parlé de la clause de conscience qui doit permettre aussi aux médecins et personnels médicaux de ne pas faciliter les avortements en indiquant les médecins ou établissements avorteurs à leurs patients. D’un autre côté, la loi polonaise autorise les avortements dans certains cas. Selon vous, comment concilier les deux ?

Il faudrait tout simplement que les autorités en charge des questions de santé publient une liste des établissements où il est possible de se faire avorter. Seulement le ministère de la Santé et le NFZ [l’organisme qui finance les dépenses de santé des assurés sociaux en Pologne, ndlr], s’y opposent. Peut-être ont-ils peur que les hôpitaux soient alors stigmatisés. Mais d’un autre côté, dans la position où je me trouvais, moi, en tant que médecin et directeur d’hôpital, je ne pouvais pas donner le nom et les coordonnées d’un médecin qui accepterait de faire un avortement car je ne connais pas les noms de ces médecins, je n’ai pas de liste de médecins avorteurs dans ma ville. Que fallait-il que je fasse ? Que je téléphone à mes collègues médecins et que je leur demande : «Vous ne feriez pas des avortements, par hasard ?» ? On pourrait alors m’accuser de harcèlement.

 

«Je constate d’ailleurs aujourd’hui que la mentalité abortionniste est en train de s’étendre aux enfants déjà nés. Un glissement est en train de s’opérer qui permet à certains de se demander si le nouveau-né doit vivre ou non, si sa vie mérite d’être vécue. En Belgique, la loi autorise déjà à tuer le nouveau-né qui serait passé au travers des filets mis en place pendant la période prénatale et qui naîtrait avec des malformations. Il s’agit d’une dégénérescence de la pensée humaine, d’une déshumanisation de notre manière de penser. Cela devrait nous inciter à réfléchir. Comment pouvons-nous permettre que nos enfants soient assassinés ?»

 

Sur un plan purement éthique, si on laisse de côté les considérations légales, le cas à l’origine de vos ennuis concernait un enfant que ses malformations condamnaient. Il est d’ailleurs décédé dix jours après sa naissance. La question qui vient à l’esprit de beaucoup d’entre nous dans ce genre de cas, y compris en Pologne où la vie de l’enfant conçu est mieux respectée qu’en France,  c’est : «Pourquoi faire naître cet enfant ?». Sachant qu’il mourra rapidement, ne serait-il pas plus correct éthiquement d’abréger les souffrances de l’enfant, et aussi les souffrances psychiques des parents, en procédant à un avortement dès le diagnostic prénatal connu ?

Absolument pas. Une telle approche vient de ce que nos consciences sont devenues insensibles au fait que nous avons affaire à un enfant à partir du moment de la conception et pas de la naissance. Rendez-vous compte que dans certains pays occidentaux l’enfant sera tué à la 23e semaine de grossesse si sa mère considère qu’elle n’accepte pas d’avoir un enfant, mais que si l’enfant naît de manière prématurée à la 23e semaine de grossesse on mettra tout en œuvre pour le sauver. Comment la décision de la mère de l’enfant peut-il être ce qui confère à ce dernier ses valeurs humaines ? En réalité, qu’il soit ou non accepté par sa mère, l’enfant est toujours un enfant. Pour moi, le médecin a le devoir de se faire l’avocat de l’enfant qu’une mère porte dans son ventre, qu’il soit désiré ou non, car il ne s’agit pas d’un organe supplémentaire dans le corps de la femme enceinte mais d’une nouvelle personne à part entière avec les droits qui accompagnent chaque être humain.

Je constate d’ailleurs aujourd’hui que la mentalité abortionniste est en train de s’étendre aux enfants déjà nés. Un glissement est en train de s’opérer qui permet à certains de se demander si le nouveau-né doit vivre ou non, si sa vie mérite d’être vécue. En Belgique, la loi autorise déjà à tuer le nouveau-né qui serait passé au travers des filets mis en place pendant la période prénatale et qui naîtrait avec des malformations. Il s’agit d’une dégénérescence de la pensée humaine, d’une déshumanisation de notre manière de penser. Cela devrait nous inciter à réfléchir. Comment pouvons-nous permettre que nos enfants soient assassinés ?

On dit aujourd’hui que cet enfant que nous n’avons pas voulu tuer dans mon hôpital a souffert, mais la souffrance fait partie de la vie. 3 % des enfants qui naissent souffrent de déficiences de différentes sortes. La souffrance est inscrite dans notre réalité, dans notre vie. Par ailleurs il n’est pas sûr que cet enfant ait souffert. Nous jouissons en Pologne de soins de qualité en néonatologie et je suis sûr que les médecins et les infirmières de l’hôpital Bielański ont fait ce qu’il fallait pour que cet enfant ne souffre pas. Et puis la simple présence de sa mère, sa voix, son toucher, sont des facteurs apaisants pour le nouveau-né.

Par contre personne ne veut tenir compte du fait qu’un avortement où on aurait forcé sa sortie de l’utérus aurait causé d’énormes souffrances à cet enfant et aussi à sa mère. Il ne faut pas s’imaginer qu’une mère qui décide de tuer son enfant ne traverse pas de souffrances psychiques. On ne peut pas construire son bonheur sur le tort causé à une autre personne. J’espère que cette mère qui voulait se faire avorter dans notre hôpital considérera un jour que c’est bien d’avoir mis cet enfant au monde et qu’elle sera heureuse de ne pas l’avoir tué.

Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui, on pourrait penser que la tâche première des gynécologues-obstétriciens en Pologne est de faire des avortements. Personne ne s’intéresse aux enfants qui meurent à la naissance à cause de complications. Ce qui intéresse le plus le bureau du procureur et le NFZ aujourd’hui, c’est de savoir pourquoi un enfant n’a pas été tué.

 

Comment expliquez-vous le contraste en Pologne entre, d’une part, la population qui s’oppose très majoritairement à l’avortement, y compris pour beaucoup en cas de déficiences graves de l’enfant conçu, et, d’autre part, une partie importante de la classe politique et surtout les plus gros médias qui semblent plutôt en faveur d’une libéralisation de l’accès à l’avortement ?

Il y a plusieurs causes à cela. Il y a cette chape du politiquement correct qui remplace aujourd’hui efficacement la censure de l’époque communiste. Il y a la pression des organisations à sensibilité de gauche. Il y a l’action du lobby des sociétés qui produisent les contraceptifs, les pilules abortives et les produits utilisés dans les avortements. Et il y a aussi la pression exercée par l’Union européenne.

Je me souviens encore très bien de l’époque où les yeux des Polonais étaient tournés vers Moscou et où l’on se demandait toujours ce que notre «grand frère» communiste allait penser ou dire. Les Polonais ont une mauvaise estime d’eux-mêmes et de la même manière nos yeux sont aujourd’hui tournés vers Bruxelles. Nous nous demandons ce que l’Europe va penser de nous, ce que nos «grands frères» européens, réputés plus mûrs que nous, vont penser… Je pense que cela vient de notre caractère national qui veut que nous nous sous-estimons souvent. Nous souffrons d’un véritable complexe d’infériorité. On parlait autrefois tout le temps de l’aide de l’URSS, de l’exemple de l’URSS, et ainsi de suite. Aujourd’hui la situation est identique, sauf que l’UE a remplacé l’URSS.

Une autre chose, c’est que pendant les campagnes électorales beaucoup de candidats se disent chrétiens ou favorables aux valeurs chrétiennes mais une fois élus ils oublient leur discours et considèrent que leur conscience doit rester dans leur sphère privée. Cela montre la volatilité de leur conscience, leur immaturité, mais aussi la fragilité de leurs valeurs et de leurs convictions. Ces personnes ne devraient pas être réélues.

 

« Tout médecin, et toute personne éclairée, sait bien que la vie humaine commence à la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde. L’embryon qui naît de cette fécondation a déjà tout : le sexe, la couleur des yeux, les traits physiques et de caractère, etc. Tout est déjà contenu dans cet embryon. La fécondation est le moment critique où apparaît une nouvelle vie. Au cours du développement de cette nouvelle vie humaine, il n’y aura pas d’autre moment critique où l’on pourrait par exemple dire : ‘hier, c’était un fœtus, aujourd’hui c’est un enfant’.»

 

Vous nous avez parlé de la valeur humaine de l’enfant conçu. En France, le gouvernement a créé un site Internet soi-disant pour informer sur l’avortement, où il n’est question que du «contenu» de l’utérus, et pas d’un enfant ni même d’un fœtus. Du reste en France on préfère parler d’IVG pour ne pas dire le mot «avortement». Mais ce site va encore plus loin que ce qui se faisait jusqu’ici puisque tous les termes qui pourrait rappeler l’humanité de l’enfant conçu ont été soigneusement évités et remplacés par des descriptions en novlangue. Vous êtes médecin gynécologue-obstétricien. Pouvez-vous nous dire, en tant que médecin, du point de vue scientifique, à quel moment nous pouvons affirmer qu’il y a un être humain dans le ventre de la femme enceinte ? Je connais des Français qui considèrent toujours, au XXIe siècle, que jusqu’à la 12e semaine de grossesse on ne peut pas encore parler d’être humains.

Il faudrait donc que ces Français nous expliquent à quelle semaine de la grossesse ce «contenu» devient un enfant. Quel est le moment du changement radical qui transforme un simple contenu en être humain ? La réalité, c’est que ce moment n’existe pas. Le fil de la vie n’a que deux bouts : la conception et la mort. Il n’y a pas plusieurs commencements. L’embryologie ne parle pas d’un moment après la conception où l’on pourrait dire qu’une nouvelle vie commence. Aux premiers mouvements de l’embryon ? Quand le cœur se met à battre ? Quand l’enfant commence à sentir la douleur ? Si l’OMS a fixé le début d’une nouvelle vie au moment de la nidation de l’embryon dans l’utérus, c’est uniquement pour éviter d’avoir à se poser des questions éthiques sur la fécondation in vitro.

Par contre, tout médecin, et toute personne éclairée, sait bien que la vie humaine commence à la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde. L’embryon qui naît de cette fécondation a déjà tout : le sexe, la couleur des yeux, les traits physiques et de caractère, etc. Tout est déjà contenu dans cet embryon. La fécondation est le moment critique où apparaît une nouvelle vie. Au cours du développement de cette nouvelle vie humaine, il n’y aura pas d’autre moment critique où l’on pourrait par exemple dire : «hier, c’était un fœtus, aujourd’hui c’est un enfant».

Ces techniques de langage dont vous parlez, le fait de parler de «contenu de l’utérus», ce sont des méthodes sociotechniques qui visent à nous insensibiliser. Ce sont des techniques de propagande. Il y a eu autrefois un monsieur dont le nom commençait par «G» [Goebbels, ndlr] et qui faisait ça très bien. Ces méthodes ne font pas honneur à ceux qui les utilisent encore aujourd’hui.

 

Puisque chaque médecin sait bien que la vie humaine commence à la conception, et donc qu’on a bien affaire à un être humain pendant toute la grossesse, comment expliquez-vous que tant de gynécologues-obstétriciens puissent se prêter à des avortements ? Ils ne peuvent pas ne pas avoir conscience que chaque avortement qu’ils commettent est un meurtre…

On les insensibilise par la propagande que vous avez évoquée, en parlant de «contenu de l’utérus», d’amas de cellules. C’est aussi ce que nous voulions bien croire à une certaine époque, moi et mes collègues, avant l’apparition des échographies qui nous ont permis de voir les mouvements à l’intérieur du ventre de la femme enceinte, ce petit cœur qui bat, et ce corps qui malgré ses dimensions encore réduites ne peut pas faire penser à autre chose qu’à un enfant.

Les médecins subissent aussi de fortes pressions, ils craignent les conséquences du refus de participer à des avortements. Le fait qu’on m’ait démit de mes fonctions ne peut qu’accroître leurs craintes, en particulier en milieu hospitalier. Les médecins ont peur pour leur travail, pour leur avenir. Chacun veut pouvoir gagner sa vie, faire carrière, assurer de bonnes conditions de vie à sa famille. Et puis il y a un certain conformisme et une grande insensibilisation des consciences. Je ne sais pas d’où cela vient. Peut-être de la brutalisation de la société, et puis aussi du désir dominant de rendre la vie facile et agréable. Je pense que les facteurs sont nombreux mais j’espère bien que les choses changeront un jour car il n’y a pas de quoi être fier de l’époque que nous traversons.

Par ailleurs, on attaque aujourd’hui dans les médias les médecins qui ont signé la Déclaration de foi et on cherche à faire croire aux gens que ces médecins auraient dû choisir un autre métier. C’est pourtant tout le contraire, si un médecin respecte réellement ce que lui suggère sa foi catholique, en théorie ce médecin doit être vraiment super et il recherchera toujours le bien de ses patients.

 

«On ne peut pas faire confiance à un médecin qui accompagne notre accouchement au premier étage d’un hôpital et qui tue des enfants au deuxième étage.»

 

En plus d’être un médecin renommé en Pologne, vous êtes connu depuis longtemps en tant que défenseur du droit à la vie dès la conception. Les organisations pro-vie en Pologne ont beaucoup fait évoluer les choses depuis la chute du communisme, avec le soutien actif de l’Église et aussi de gens comme vous. Alors que l’avortement avait été complètement banalisé sous la dictature communiste, la société polonaise est aujourd’hui une des sociétés les plus pro-vie d’Europe. Inversement, il me semble qu’en France les défenseurs du droit à la vie ont du mal à changer les choses et qu’ils n’osent souvent même pas afficher ouvertement leurs convictions. C’est aussi vrai d’ailleurs pour l’Église de France. Même à l’occasion de l’initiative citoyenne Un de Nous, on a beaucoup dit en France qu’il s’agissait d’interdire le financement de la recherche sur l’embryon par les institutions européennes, mais très peu qu’il s’agissait aussi d’interdire le financement des avortements dans les pays pauvres, sans doute de peur de perdre des soutiens. Or l’approche prudente des milieux pro-vie français ne semble pas donner beaucoup de résultats. C’est pourquoi je voudrais vous demander ce que vous conseilleriez aux militants pro-vie français, en tant que militant pro-vie d’un pays où le combat pour la vie a donné des fruits concrets.

Il faut surtout refuser le politiquement correct. Il faut dire sincèrement et ouvertement ce que l’on pense. À mon avis, on aiderait les médecins et les infirmières en leur disant clairement ce que l’on attend d’eux en tant que patients. Il ne faut pas avoir peur de dire qu’on ne peut pas faire confiance à un médecin qui accompagne notre accouchement au premier étage d’un hôpital et qui tue des enfants au deuxième étage. Beaucoup dépend aussi des médecins eux-mêmes et de leur conscience. La discussion sur l’avortement remonte à des temps anciens. Si Hippocrate affirmait que les médecins ne devaient pas donner aux femmes de pessaires abortifs, cela montre que des discussions pouvaient déjà avoir lieu entre savants. Les médecins doivent retourner à ces racines saines et ne pas chercher l’argent facile. Il faut savoir écouter sa conscience et ne pas se laisser dominer par ses peurs. Aujourd’hui les gens ont peur, ils ont peur d’être eux-mêmes, de s’exprimer publiquement, de dire ce qu’ils pensent vraiment. La peur tue la dignité de l’homme. N’ayons pas peur. «N’ayez pas peur», nous a lancé Jean-Paul II. Nous devons savoir voir dans ces petits enfants qui ne sont pas encore nés nos frères et nos sœurs car c’est ce qu’ils sont. Nous ne pouvons pas vivre dans le mensonge.

 

N’est-ce pas justement parce que vous avez toujours défendu ouvertement vos convictions que vous avez des ennuis aujourd’hui ? Vous n’étiez pas vous-même le médecin de cette femme qui a demandé un avortement dans votre hôpital, vous n’êtes intervenu qu’en tant que directeur de cet hôpital. Le médecin a lui aussi refusé l’avortement, de même que l’Instytut Matki i Dziecka («Institut de la Mère et de l’Enfant») qui a confirmé le diagnostic de l’hôpital de la Sainte-Famille. Pourtant, vous êtes la seule personne à avoir perdu son poste dans cette affaire. Je rappelle que vous avez signé la fameuse «Déclaration de foi» signée par plus de 3000 médecins et étudiants en médecine.

En effet, je pense avoir été «choisi» par les milieux de gauche et d’extrême-gauche, aussi à cause de mon passé. Il y a douze ans j’ai été renvoyé de l’Instytut Matki i Dziecka pour des raisons similaires. Il semble que l’action à mon encontre ait été préméditée. On m’a d’abord attaqué dans les médias pour avoir signé cette Déclaration de foi. C’est peu après qu’on a sorti cette affaire d’avortement refusé. À mon avis, j’ai été désigné comme l’homme à abattre. Seulement cela s’est retourné contre les auteurs de cette action car cette affaire a éveillé les consciences. Un mouvement s’est formé en Pologne pour me défendre et défendre mes positions et un site Internet a même recueilli 70 000 signatures de soutien en ma faveur. Dans mon bureau à l’hôpital, ou je ne peux plus entrer, les serrures ayant même été changées, il y a six cartons remplis de lettres de soutien. Cela montre que la campagne contre ma personne a incité beaucoup de gens à ne pas se laisser manipuler et à agir.

Les milieux de gauche et d’extrême-gauche pensaient avoir une occasion rêvée d’attaquer la clause de conscience et ils ont voulu instrumentaliser le malheur de ces pauvres parents et de cet enfant. Ils ont voulu que je serve d’exemple pour dissuader les médecins d’invoquer leur clause de conscience.

 

Et en ce qui vous concerne personnellement, quelle est votre situation aujourd’hui ? Avez-vous des propositions ou toutes les portes vous sont-elles désormais fermées en Pologne ?

J’ai différentes propositions pour des postes de chef de service hospitalier, ou encore de travail dans un centre médical respectueux de la vie, de création d’un réseau de centres médicaux et d’autres propositions encore, il est vrai toutes hors de Varsovie. Je suis aussi membre de Matercare International et nous avons des projets, notamment pour un hôpital au Kenya. À vrai dire, le travail de directeur d’hôpital était pour moi épuisant. L’hôpital a beaucoup grandi, on y a investi cent millions de zlotys, c’était une grosse responsabilité. Nous avons aussi reçu une subvention européenne pour des équipements d’obstétrique. Toute ma vie, j’avais eu une activité médicale et scientifique, et le poste de directeur était pour moi plutôt exotique au début. Je me demandais si j’allais savoir relever ce défi, mais je me suis pas mal débrouillé et l’hôpital de la Sainte-Famille s’est beaucoup développé. Le nombre d’accouchements a été multiplié par trois pendant que j’étais directeur. Néanmoins, j’ai toujours traité ce poste comme une situation provisoire. Aujourd’hui, alors que j’arrive bientôt en fin de carrière, j’aimerais revenir à des activités scientifiques ou d’organisation mais pas dans le sens de direction d’un hôpital, plutôt à plus grande échelle. Je ne suis pas encore sûr de ce que je veux faire mais il semble que je ne m’ennuierai pas de toute façon.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
septembre 2nd, 2014

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