Loi sur l’avortement en Espagne : chronique d’un désastre annoncé

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Loi sur l’avortement en Espagne : chronique d’un désastre annoncé


famillechretienne, 18/09/2014
Selon le quotidien espagnol El Mundo, le gouvernement espagnol s’apprêterait à abandonner son projet de loi restreignant l’avortement. Hélas, les sondages défavorables ont eu raison de l’engagement électoral du Premier ministre Mariano Rajoy. Décryptage.

Cinq jours après le scoop – toujours pas démenti – du quotidien El Mundo annonçant le retrait du projet de loi sur la réforme de l’avortement, le désarroi monte chez les organisations pro-vie. Mais aussi, et surtout, chez le promoteur du projet, le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón. Le 17 septembre, lors de la séance des questions d’actualité au Congrès des députés, le ministre, d’habitude si éloquent, a paru sur la défensive. « J’ai toujours été un défenseur des droits des femmes et de l’enfant à naître », a-t-il dit, en réponse à une députée socialiste, avant de récolter quelques timides applaudissements en provenance des bancs du groupe parlementaire du Parti populaire (PP).

La confusion règne au sein d’un gouvernement qui se charge par ailleurs de l’entretenir : le 16 septembre, en visite au Vatican, la vice-Première ministre et bras droit de Mariano Rajoy, Soraya Sáenz de Santamaría, s’est limitée à dire qu’il n’y avait « aucune nouveauté » concernant le projet de loi. Ce qui est techniquement vrai.

Mais personne dans les milieux politiques madrilènes n’ose plus miser sur un projet qui a été présenté en décembre, qui aurait dû être examiné en Conseil des ministres avant ou durant l’été. Rien qu’en juillet, il a été reporté trois fois. De plus, cela fait des mois que le Premier ministre n’a pas fait la moindre déclaration sur le sujet. Ce qui équivaut à un retrait progressif de son soutien, qui n’avait pas manqué lorsque le projet avait été annoncé.

De reculade en reculade

Il y a plusieurs raisons à cet échec législatif et politique. En premier lieu, entre décembre et juillet, les atermoiements gouvernementaux se sont succédé. Le plus grave d’entre eux est celui qui porte sur la malformation grave de l’enfant à naître. Une des mesures phare du projet, puisqu’elle était pénalisée dans sa version initiale. Devant la levée des boucliers de la gauche et des organisations féministes, Alberto Ruiz-Gallardón avait accepté de négocier. Mais sa marge était très étroite, puisqu’il lui était impossible de décevoir la base – tant parlementaire que militante – de son parti. Il a donc finalement mécontenté toutes les parties.

Deux énormes maladresses de timing ont été commises. D’un côté, lorsque le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón a présenté ce projet, le gouvernement était déjà usé par la mauvaise situation économique et devait également faire face à l’épineux problème catalan. À titre de comparaison, François Hollande lança la bataille du « mariage pour tous » au début de son mandat, conscient de l’impossibilité d’engager des réformes sociétales – qui par définition, divisent un pays – quand un gouvernement est au plus bas dans les sondages.

En outre, partisans et détracteurs du projet sont d’accord pour critiquer le gouvernement de s’être mis à élaborer un nouveau projet avant que le Tribunal constitutionnel ait rendu son arrêt sur la loi Zapatero de 2010, toujours en vigueur. De l’avis général, il aurait été plus facile de légiférer avec une nouvelle jurisprudence.

Sondages défavorables

Surtout, Alberto Ruiz-Gallardón a fini par perdre la bataille politique dans son propre camp. Son adversaire le plus redoutable dans cette bataille a été Pedro Arriola, l’inamovible « Monsieur sondage » du PP depuis un quart de siècle. Selon ses calculs, à huit mois des élections locales et à un an des législatives, les dommages électoraux causés par le projet sont largement supérieurs à ses bénéfices. Et c’est lui que Mariano Rajoy a fini par écouter. Précision : Arriola est marié à Celia Villalobos, ancienne ministre de la Santé de José María Aznar et figure de proue de l’aile gauche du PP, surtout sur les sujets sociétaux. Celia Villalobos s’était montrée favorable au « mariage » homosexuel en 2005 et a toujours défendu l’avortement comme un « droit ».

La thèse de Pedro Arriola a donc fini par l’emporter dans les plus hautes instances du gouvernement. Le signe annonciateur était décelable depuis deux mois. Début juillet, il était prévu que Ruiz-Gallardón prononce un discours au Congrès mondial des parlementaires pour la vie, réuni à Madrid. À la dernière minute, il a annulé sa venue. Selon nos informations, il s’agissait en fait d’un ordre direct de la vice-Première ministre, Soraya Sáenz de Santamaría.

Au bout du compte, le PP a fini par provoquer une déception majeure au sein de son électorat et a démontré l’incapacité du centre-droit européen de remettre en cause les réformes sociétales mises en place par la gauche. Cette dernière, du moins en Espagne, est en train de gagner son pari.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
septembre 23rd, 2014

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