« Avortement, rompre le silence »

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« Avortement, rompre le silence »


la-croix, 26/11 2014
A l’occasion des 40 ans de la loi Veil, témoignage d’une femme ayant eu recours à l’IVG et qui milite aujourd’hui pour l’accompagnement des femmes ayant avortées.

Quarante ans après la loi, le nombre d’avortements ne baisse pas

En tant que personne ayant vécu l’avortement, je voudrai dire qu’il y a aujourd’hui un droit beaucoup plus fondamental à faire valoir que le droit à l’ivg pour les femmes françaises : Il s’agit du droit à poser un vrai choix libre face à toute grossesse non planifiée. Ce droit n’existe pas et reste à créer.

En l’absence de soutien, en l’absence d’information, en l’absence d’alternatives positives pour la mère et l’enfant, l’avortement devient bien souvent la seule solution face à une grossesse non planifiée. Il ne s’agit donc pas d’un choix libre.

Dicté par les circonstances, l’insuffisance des ressources, les messages reçus de l’environnement, l’absence de soutien émotionnel pour la future mère, l’avortement s’impose comme la solution pour résoudre une grossesse non planifiée en raison de la publicité massive autour de ce « droit à l’avortement » qu’on nous présente aujourd’hui comme « fondamental. ».

Je dois vivre depuis l’âge de 18 ans avec le gigantesque gâchis d’avoir détruit la vie de mon premier enfant à l’âge embryonnaire. Etait ce un droit fondamental pour moi de vivre pendant des années avec ce cauchemar refoulé puis conscient d’avoir détruit cette merveille extraordinaire ? Etait ce un droit fondamental pour moi de me retrouver submergée par un raz de marée de larmes avec la naissance de mon 2ème enfant en réalisant que je n’avais jamais fait le deuil du premier ? Etait ce un droit fondamental de mettre plus de 10 ans ensuite à assécher cette marée de larmes avec l’aide de toutes celles passées par les mêmes souffrances que moi ? Etait ce un droit fondamental pour moi de ne jamais connaitre les yeux, le visage, le caractère de mon enfant et de vivre jusqu’à ma mort sans pouvoir le prendre dans mes bras ? Etait ce un droit fondamental pour moi d’avoir dit non à tous les possibles permis par cette nouvelle vie et de devoir passer ensuite toute ma vie à essayer de réparer tous les liens relationnels brisés par l’avortement ?

On ne nait pas avec le désir d’avorter et avorter n’est pas naturel. L’avortement est bien souvent le produit d’une histoire personnelle, familiale, sociétale. Il n’arrive pas comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Bien souvent, il a été préparé par de multiples petits avortements de soi même pour s’adapter à son environnement. Ils laisseront la femme démunie pour reconnaitre sa voix intérieure dans la situation extrêmement stressante d’une grossesse non planifiée et des énormes ajustements que nécessite l’accueil d’un enfant. Se retrouvant prise au piège d’une grossesse non planifiée et des changements vertigineux qui se profilent, comment écouter ce qu’il y a de plus viscéral et instinctif chez soi : la protection coûte que coûte de sa progéniture. Le piège s’est déjà refermé sur moi. J’en suis sortie vivante mais amputée de ce qu’il y avait de plus beau en moi avec la destruction de mon enfant. Une vie entière à se remettre. L’addition du « droit fondamental à l’avortement » est particulièrement salée.

Comment se fait il que l’on nous présente comme un droit fondamental la solution la plus violente pour la mère et son enfant là où il y a des alternatives qui donnent à la femme les mêmes avantages que l’avortement sans ses inconvénients ? Je pense à l’adoption ouverte qui n’existe pas en France mais qui existe en Amérique du Nord dont le film Juno présente une version.

L’adoption ouverte permet à la femme de ne pas avoir à assurer l’éducation d’un enfant si elle n’est pas prête, de ne pas avoir à continuer à être en relation avec le père de l’enfant, de pouvoir continuer ses études etc. A la différence de l’adoption à la française, elle permet de rester en relation avec l’enfant selon ce qui a été décidé avec la famille adoptive à qui les droits parentaux sont transférés. De son côté, l’enfant sait pourquoi il a été adopté et est rassuré sur ses origines.

La mère biologique peut ainsi choisir la famille de ses rêves pour son enfant et lui donner ainsi tout ce qu’elle voudrait lui donner mais qu’elle n’a pas, sans perdre le contact avec lui. Pour l’enfant qu’elle n’élève pas, elle reste comme une tante, une autre personne qui l’aime. Ces adoptions faites à la naissance se passent bien. Mieux que les adoptions fermées car la mère rassurée sur l’avenir de son enfant se remet beaucoup plus vite. Là où dans l’avortement, la femme est plongée dans un processus de deuil quasi interminable, d’autant plus long que la perte est niée. Pour une mère, il est plus facile de vivre avec le souvenir que l’on a donné la vie qu’avec le souvenir que l’on a donné la mort.

Si j’ai pu apprendre à amputer des parties de moi même pour terminer par l’avortement de mon premier enfant, je reste mère pour toujours de cet enfant mort à l’âge embryonnaire. C’est en reconnaissant son existence et sa dignité que j’ai pu progressivement récupérer les parties avortées de moi même, me réconcilier avec moi même et les autres. Si j’ai pu apprendre à avorter, je peux aussi apprendre à accueillir la vie, la mienne et celle d’autrui inconditionnellement, c’est plus naturel.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
décembre 3rd, 2014

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