Sortir de la culpabilité après un avortement ou une fausse couche

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Sortir de la culpabilité après un avortement ou une fausse couche


famillechretienne, 20/10/2014
interview de Paule Palau (Mère de Miséricorde) par Famille Chrétienne
Si chaque femme traverse différemment l’épreuve du deuil d’un enfant non né, toutes ont besoin un jour ou l’autre de faire le point sur cet événement douloureux. À Pellevoisin, sanctuaire dont il a été le recteur, le Père Jean-Elie a croisé un certain nombre de ces mères qui ont vécu la mort, subie ou « choisie », d’un enfant qu’elles portaient. Quant à Paule Palau, elle accompagne au sein de l’association Mère de Miséricorde des femmes confrontées à ces deuils. Interview croisée.

Fausses couches, avortements : ces deuils laissent-ils les mêmes traces dans le cœur d’une femme ?Paule Palau : Il s’agit de deux réalités totalement différentes même s’il y a psychologiquement des traces similaires. En effet, on retrouve dans les deux cas un sentiment de culpabilité qui peut perdurer. Chez une femme ayant vécu un avortement, on entend des autocondamnations terribles : « Je n’ai pas su protéger mon bébé », « J’ai tué mon bébé », « Je suis une criminelle ». Chez celle qui a subi une fausse couche, l’événement peut être vécu comme un échec de la maternité, avec un « même pas capable » de mener une grossesse à terme. On entend : « Je n’ai pas assez fait attention à lui », « Il ne s’est pas senti accueilli »… La mère peut avoir aussi le sentiment d’avoir été abandonnée par son bébé.Lié à un sentiment de honte, tout cela est vécu souvent dans une immense solitude : le conjoint absent, l’entourage indifférent, le personnel médical silencieux… Qu’a-t-elle fait pour mériter un tel chagrin ?Ce sentiment d’injustice, dans les deux cas, révèle une colère sous-jacente : « Pourquoi moi ? » C’est la femme – seule – qui subit tout ce bouleversement au cœur de son être. Le devoir de silence imposé par la société enkyste la colère qui ne peut s’exprimer… Alors, avec la parole ainsi muselée, le travail de deuil ne peut se faire puisqu’on dit « fausse » couche, c’est-à-dire « non-événement », ou « IVG », un « droit » acquis de haute lutte !Père Jean-Elie : Chaque femme réagit en effet différemment devant ces événements en fonction de son histoire, de ses blessures, de la réalité de sa vie conjugale. Il faut accepter qu’il n’y ait pas de règles sur le sujet. Certaines femmes vont réagir 10, voire 20 ans après un avortement : c’est toujours une bombe à retardement.Sans causes identifiées, une femme touchée une fausse couche éprouve facilement un sentiment de culpabilité. Je garde en mémoire le témoignage d’une femme qui en avait vécu plusieurs. Devant son incapacité à mener à terme une grossesse, elle avait le sentiment d’être un « tombeau vivant ». Elle a vécu un immense soulagement lorsque le corps médical a décelé un problème génétique provoquant ces interruptions de grossesse…

L’entourage qui doit à tout prix éviter ces mots malheureux : « Tu en auras d’autres ! »« Ce n’est pas grave ! »« Ce n’était pas encore un enfant »… 

Qui sont ces femmes qui viennent vers vous ? Pourquoi viennent-elles rencontrer un prêtre ?Père Jean-Elie : Dans un sanctuaire, les gens savent qu’ils peuvent se confesser. Ils profitent par exemple d’un passage dans la région ou d’un pèlerinage pour le faire. C’est dans ce cadre que des femmes qui ont avorté viennent me trouver. D’autres, qui ont vécu une fausse couche, veulent également rencontrer un prêtre, même si bien entendu il n’est pas question, ici, de péché. Dans les deux cas, certaines femmes vont avoir besoin de parler beaucoup, d’autres non.Comment expliquer que certaines femmes semblent ne pas souffrir lorsqu’elles sont confrontées à la mort, « choisie » ou non, de l’enfant qu’elles portent ?Père Jean-Elie : C’est mystérieux et il me semble inopportun de parler d’une insensibilité ou d’un manque de cœur. Concernant l’avortement en particulier, il faut prendre en compte la question de la pleine conscience face à la réalité de cet acte. La banalisation de l’avortement, de la pilule du lendemain ou du stérilet a rendu ces pratiques « normales ». Martelés, ces messages « éteignent » certaines consciences dans un monde agité et bruyant qui nous fait vivre les événements de la vie de manière superficielle.Qu’est-ce qui apaise le cœur d’une femme qui a vécu une fausse couche ?Paule Palau : Elle doit avant tout être écoutée. Il est essentiel qu’elle trouve des lieux où son chagrin puisse s’exprimer sans retenue. Ensuite seulement viendront les mots et les gestes de consolation. J’expérimente qu’il n’est pas de meilleure personne écoutante que celle qui sait se taire et qui permet, dans une écoute silencieuse et inconditionnellement bienveillante, que la plainte du cœur surgisse.Il est normal qu’une femme confrontée à une fausse couche soit triste. Ce ressenti doit être accepté par l’entourage qui doit à tout prix éviter ces mots malheureux : « Tu en auras d’autres ! », « Ce n’est pas grave ! », « Ce n’était pas encore un enfant »… Ces fausses consolations ne cherchent qu’à évacuer une souffrance qui dérange.Premier écoutant, le mari doit encore plus jouer son rôle de protecteur. Lui aussi peut souffrir de cette paternité avortée, mais sa douleur est différente de celle de sa femme : car elle vit dans sa chair le non-accomplissement d’une grossesse qui avait entraîné une véritable révolution (psychologique et hormonale) en elle.

L’avortement est et restera toujours un acte grave. Mais la miséricorde du Seigneur, lorsqu’elle est demandée, se déploie dans toutes les situations, même les plus délicates.

L’avortement est-il un péché comme un autre ?Père Jean-Elie : L’avortement est un péché particulier car il vient supprimer volontairement une vie fragile et innocente au tout début de son existence. Il est une violence dans l’intimité de la femme. En 1995, Jean-Paul II, dans son encyclique Evangelium Vitae (n° 57), écrit que « le commandement “Tu ne tueras pas” a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente ».C’est un péché « réservé », c’est-à-dire qu’un prêtre ne peut l’absoudre par lui-même : il devrait en référer à son évêque. Un avortement entraîne en effet une excommunication latae sententiae. Dans la plupart des diocèses en France, les évêques accordent cette faculté à leurs prêtres.L’avortement est et restera toujours un acte grave. Mais la miséricorde du Seigneur, lorsqu’elle est demandée, se donne largement et se déploie dans toutes les situations, même les plus délicates.Après un avortement, il faut reconstruire l’intimité du cœur de la femme et la confession est indispensable. Nous sous-estimons bien souvent la puissance de la miséricorde divine à travers ce sacrement pour guérir le cœur d’une femme blessée.Rien n’est jamais perdu avec le Christ ! Rien n’est trop tard ! La miséricorde du Seigneur reste accessible. Même si une femme a vécu plusieurs avortements, le Christ peut toujours la relever et déployer en elle la richesse de sa Résurrection.Dans Evangelium Vitae, Jean-Paul II appelle directement les femmes qui ont avorté à devenir des « défenseurs du droit de tous à la vie ». J’ai vu des jeunes notamment ayant vécu des avortements repartir sur le chemin de la vérité de façon étonnante.Néanmoins, ce n’est pas parce que je suis pardonné que je suis automatiquement guéri de mes blessures psychologiques. Un prêtre peut ainsi être amené à orienter vers des personnes compétentes et ouvrir d’autres portes pour un chemin de guérison. Il ne faut pas négliger ou relativiser cet aspect-là qui est si délicat.Comment se relever après un avortement ? Paule Palau : Tout commence par la sortie du silence. Lorsque la femme qui a avorté se sent enfin accueillie et reconnue dans ce qu’elle vit, elle exprime sa souffrance, son chagrin. Sa colère aussi, car il n’est pas rare qu’elle ait le sentiment d’avoir été trompée. Pourquoi une telle tempête alors qu’elle pensait l’avortement banal et indolore ? Tous ces sentiments doivent être dits et entendus.De plus, une femme n’avorte pas seule : il est donc nécessaire de définir sa juste part de responsabilité pour l’aider à sortir d’un sentiment de culpabilité parfois exagéré.Ensuite, entrer dans une démarche de pardon va s’avérer bienfaisant. Il comporte plusieurs facettes : pardon à accorder aux autres, à soi-même (le plus délicat à donner) et même souvent à Dieu lui-même (« Comment a-t-il pu me laisser faire une chose pareille ? », entend-on souvent dans la bouche des femmes qui ont connu une IVG). La découverte que Dieu ne les assimile pas à leur acte, qu’elles ne sont pas réduites à ce qu’elles ont fait, est une étape souvent décisive dans la démarche de réconciliation intérieure.Ces diverses prises de conscience sont les « moyens » que Dieu emploie pour révéler sa miséricorde. Elles participent au travail de deuil dramatiquement occulté par notre société.Enfin, ces femmes découvrent une relation nouvelle à l’enfant, qui vit désormais dans la miséricorde du Père. En effet, nous constatons dans nos sessions que les mères sont touchées et apaisées lorsqu’elles savent que leur enfant vit dans le Seigneur. Nous osons affirmer cela depuis que la Commission théologique internationale, dans un texte validé par Benoît XVI, a abandonné le concept des limbes. Et affirmé « qu’il existe de sérieux fondements théologiques et liturgiques »pour espérer que les enfants morts sans avoir été baptisés sont sauvés et bénéficient de la vision béatifique.Père Jean-Elie : Aux mères d’enfants non nés, je parle de l’existence du baptême de désir. Si des parents avaient pour projet de faire baptiser leur enfant, on peut considérer que celui-ci, même non né, bénéficie des grâces du sacrement. Car la grâce de Dieu n’est pas enfermée dans les gestes du sacrement. Il est assez puissant pour agir au-delà de ceux-ci.

Pour guérir, la femme doit redécouvrir avec émerveillement sa vocation de mère.

Quel est l’enjeu de ce travail de guérison et de deuil après un avortement ou une fausse couche ?Père Jean-Elie : Le fruit de cette pacification est le désir d’entrer à nouveau dans l’accueil de la vie. D’entrer dans l’émerveillement face à sa vocation propre. Jean-Paul II l’avait bien compris, lui qui parlait des « sentinelles de l’invisible » et du « génie féminin ».Le plan de Dieu sur la femme et la fécondité est merveilleux : cette capacité qu’a la femme de façonner en son sein un nouvel être qui ressemblera à ses parents tout en étant différent et unique. La science nous aide à prendre conscience de tout cela en montrant comment l’embryon a son identité propre.Benoît XVI écrivait : « Nous sommes un miracle de Dieu ». Aux yeux de Dieu, il n’y a pas de bébés surprises. Toute vie est un cadeau de Dieu.Pour guérir, la femme doit redécouvrir avec émerveillement sa vocation de mère. L’émerveillement est aussi une première forme de respect de soi.Pourquoi la confession ne suffit-elle pas toujours à soulager la culpabilité d’une femme ? Père Jean-Elie : Le pardon n’est pas l’oubli. L’oubli et la culpabilité sont au niveau psychologique. Je me sens mal parce que je me sens responsable de quelque chose de grave. Le pardon donné en confession est d’ordre théologal.En confession, nous avons souvent des personnes qui reparlent de faits déjà confessés parce qu’elles se sentent encore coupables. Pourtant, au sens strict, ce n’est pas nécessaire car un péché qui a été accusé n’existe plus aux yeux de Dieu.Ainsi, sortir de la culpabilité peut être un long chemin au cours duquel il est bon de se faire aider par une session Mère de MiséricordeVigne de Rachel, Stabat…Cela prouve que la confession n’a pas pour but de nous délivrer de la culpabilité, mais bien de nous plonger dans la miséricorde divine, de nous redonner un cœur nouveau et de repartir avec le Christ.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
décembre 23rd, 2014

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