«Nous sommes là pour la défense de la vie», clament en chœur un couple de septuagénaires de Dijon, Gérard et Marie. Ce sont des habitués. «On est là chaque année», disent-ils encore. Leurs enfants ont fait aussi le déplacement. «C’est pour éviter la piqûre», lâche, mi-figue mi-raisin, Gérard.

«Menace». Cette année, actualité oblige, le combat contre l’euthanasie a pris le pas sur le combat contre l’avortement. Une douteuse banderole «Je suis Vincent Lambert» ouvre la marche. Les organisateurs mettent en avant la présence de Viviane Lambert, la mère de Vincent, proche des milieux catholiques intégristes. Avant la manifestation, Cécile Edel, présidente de Choisir la vie, une des organisations fondatrices de la Marche pour la vie, parle «de la menace euthanasique qui plane sur la France». A entendre les arguments fallacieux des intervenants qui se succèdent, la France va vers une élimination programmée des malades en fin de vie et des vieillards. Dans la manif, les slogans «grand-mère, grand-père, ne vous laissez pas faire», ou «bébé, mémé, même combat» enfoncent le clou.

Confidentielle à ses débuts, limité aux milieux cathos les plus tradis, la Marche pour la vie prend, d’année en année, de l’ampleur. Cette année, les organisateurs revendiquent 45 000 manifestants. Ils sont, de fait, sûrement plusieurs dizaines de milliers. L’organisation est rodée et efficace, à la manière des manifestations anti-mariage pour tous. On y croise quelques-unes des stars de ce combat comme le cardinal-archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, ou Béatrice Bourges, du Printemps français. Les figures de l’aile traditionaliste du catholicisme français, l’évêque de Bayonne, Marc Aillet, et l’évêque d’Avignon, Jean-Pierre Cattenoz, des habitués, sont cette année, absents, pris par d’autres engagements. Il y a aussi quelques élus, comme Jacques Bompard, maire d’Orange et député du Vaucluse (Ligue du Sud), ou encore Bruno Gollnisch, le très catholique député européen du Front national.

«Parole». La Marche pour la vie profite de l’élan donné par la Manif pour tous et surfe sur la capacité renouvelée du catholicisme français à se mobiliser. Peu à peu, elle élargit sa base, surtout générationnelle. Parmi les «marcheurs», il y a ce dimanche un bon tiers de jeunes d’une vingtaine d’années, signe d’une nouvelle militance. «Depuis la Manif pour tous, la parole s’est libérée. Maintenant nous osons défendre publiquement nos convictions», acquiesce Sixtine, 18 ans. Elle n’a pas loupé une manifestation contre le mariage pour tous comme les trois copines qui l’accompagnent. «Nous sommes là à cause de nos convictions catholiques, reconnaît Marie qui est, elle, venue spécialement de Lyon. Mais c’est un combat culturel que nous menons.» Gonflés à bloc, ces jeunes croient dur comme fer que demain, leur voix portera…