Avortement médicalisé : Solution ou aberration ?

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Avortement médicalisé : Solution ou aberration ?


lequotidien.sénégal,20 January 2016
Avortement médicalisé : Solution ou aberration ?

 Je comprends très bien, et j’apprécie, que l’Association des juristes sénégalaises ait le souci des avortements clandestins, car c’est vrai que ces avortements entraînent trop de morts, de maladies et de stérilité. Il faut donc à tout prix faire quelque chose pour ces femmes et ces jeunes filles qui avortent clandestinement. Mais que faut-il faire ?

L’avortement médicalisé n’est absolument pas une solution. D’abord, comme le terme le dit, c’est un avortement. Et il est clair médicalement que l’enfant a commencé à vivre dans le ventre de sa mère, et donc qu’avorter c’est supprimer une vie humaine. Or dans toutes les religions, en particulier dans le judaïsme, le christianisme et l’islam, Moïse a dit au nom de Dieu «Tu ne tueras pas». Il ne s’agit pas là seulement d’un interdit, mais au contraire d’un appel à défendre la vie, à la protéger et à aider tous les gens, et surtout les bébés qui ont commencé à vivre dans le ventre de leur mère, à vivre le mieux possible et dans les meilleures conditions.
C’est vrai que l’avortement médicalisé permet de faire l’avortement dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité, mais cela reste un avortement. Et si cet avortement médicalisé permet d’éviter un certain nombre de dangers et de problèmes au niveau physiologique, il ne supprime pas les conséquences psychologiques de l’avortement. Une femme qui a avorté, même si c’est à l’hôpital et d’une façon médicalisée, ne peut pas oublier ce qu’elle a fait et aura des tas de problèmes psychologiques, conscients ou inconscients ce qui est encore pire. On veut autoriser l’avortement médicalisé pour les femmes dont la grossesse pose des problèmes psychologiques, mais légaliser l’avortement ne va que multiplier ces problèmes.
Alors que faut-il faire ? Pour les femmes dont la grossesse pose problème, c’est de les aider, de les soutenir et de leur donner les moyens de garder leur grossesse. Et cela, c’est notre responsabilité à nous tous. Cela ne demande pas de grands moyens financiers, mais simplement de l’amitié, des conseils, de la tendresse, de la compassion. C’est cela dont nous manquons le plus dans notre société sénégalaise moderne. Et justement, ce sont ces valeurs que l’on va attaquer par l’avortement médicalisé. Ce n’est pas seulement une question de religion, il s’agit tout simplement de revenir à nos valeurs traditionnelles sénégalaises au lieu de se laisser coloniser par des pays occidentaux qui eux-mêmes commencent à réfléchir sérieusement aux conséquences de ce qu’ils ont décidé et voté, en particulier au sujet de l’avortement. Lorsqu’on aura aidé ces femmes et jeunes filles à accoucher, si vraiment elles ne veulent pas ou elles ne peuvent pas garder leur enfant, la société, en particulier un certain nombre d’associations d’orphelinat, de pouponnières et de maisons pour l’enfant sont prêtes à prendre en charge ces bébés et ensuite à leur trouver une famille. Ces associations ne manquent pas au Sénégal, heureusement.
Une autre chose qu’il faut bien voir, c’est que l’avortement médicalisé est une déformation très grave de la médecine et qui aura des conséquences sur toute la société. La médecine n’est pas faite pour tuer et supprimer la vie, elle est faite pour soigner, guérir et protéger la vie. Et c’est bien pour cela que les médecins n’ont pas le droit, jusqu’à maintenant, de faire des avortements, sauf dans des cas très précis, contrôlés par la justice et avec de nombreuses conditions, comme vous le signalez vous-même dans votre article : «Que la vie de la mère soit vraiment menacée, qu’elle puisse être sauvée par cette intervention, que l’autorisation soit attestée par trois médecins experts aux tribunaux, etc.» C’est bien pour cela qu’un certain nombre de médecins refusent absolument, par objection de conscience, de faire ces avortements médicalisés, même lorsqu’ils sont autorisés par la loi.
En plus, cette autorisation n’est qu’une illusion. En effet, on s’est aperçu que dans les pays occidentaux qui ont légalisé l’avortement, les avortements médicalisés se sont multipliés,  mais cela n’a pratiquement pas diminué le nombre des avortements clandestins. Pourquoi cela ? Parce qu’il y a toujours des femmes et des jeunes filles qui sont enceintes, mais qui veulent cacher leur grossesse pour des tas de raisons. Elles n’iront donc jamais avorter dans un hôpital, elles continueront à le faire clandestinement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Légaliser l’avortement n’est pas une solution. Encore une fois, la seule solution c’est de soutenir les femmes et les jeunes filles dont la grossesse pose problème.
Il faut bien voir que ces projets de lois ont des conséquences sur toute la société, et sur la vie du monde. Nous venons d’assister à la rencontre très importante à Paris des Nations unies de la Cop21, pour la protection de l’environnement. Le Pape François a écrit une lettre très importante sur cette question (Loué sois-Tu) où il affirme avec force qu’on ne peut pas lutter en vérité pour l’environnement, si en même temps on autorise l’avortement. Parce que si tu luttes pour la vie, tu dois lutter pour la vie dans tous ses domaines et d’abord au niveau des hommes. Tu ne peux pas défendre la vie des plantes et des animaux et supprimer la vie d’un bébé innocent qui n’a commis aucune faute et qui n’a aucun moyen de se protéger et de se défendre.
Après ces quelques réflexions qu’il faudrait bien sûr développer davantage et pour lesquelles je peux apporter tous les arguments nécessaires, je voudrais revenir plus précisément à vos 2 articles. Dans le premier, «Formation au dialogue social», la présidente du Haut conseil du dialogue social affirme que ce dialogue est bien méconnu. Il s’agit en effet de le développer, mais pas dans n’importe quelles conditions, ni n’importe quelle direction. Je ne suis pas sûr, contrairement à ce que dit M. François Xavier Thiaw, qu’un tel débat dans la presse va contribuer à l’apaisement et à la pacification du climat social. A voir toutes les réactions, cela a entraîné des réactions très vives et augmenté au contraire les tensions dans la société. Comme le dit Mame Less Camara, il s’agit en effet «de peser le poids des mots, de privilégier le choc des idées», mais d’une façon approfondie, claire et sereine.
Par rapport à l’article «Avortement médicalisé, les juristes sénégalaises pour la légalisation de la pratique», on veut s’appuyer sur le Protocole de Maputo de 2004, qui veut donner accès à l’avortement médicalisé aux femmes et aux filles porteuses de grossesse, suite à un viol, à l’inceste ou à une autre agression sexuelle. Mais comment se limiter à ces cas-là ? Lorsqu’on vote une loi, elle s’applique à tout le monde. On nous dit bien que «la loi ne va pas concerner les filles dévergondées qui assument leur sexualité en faisant ce qu’elles veulent jusqu’à contracter une grossesse». Mais qui empêchera ces filles dévergondées de prétendre qu’elles ont été violées ou simplement agressées sexuellement pour pouvoir avorter à l’hôpital ? C’est la porte ouverte à toutes les déviations.
On nous dit que le Protocole de Maputo ne s’applique que lorsque la santé mentale ou physique de la femme ou de la fille enceinte est en danger. Mais justement, avorter va entraîner encore plus de problèmes de santé mentale, comme je l’ai expliqué plus haut.
On continue en disant que le Protocole de Maputo autorise l’avortement seulement lorsqu’il y a des risques pour la vie de la femme, de la fille enceinte ou du fœtus. Mais en fait, avec les progrès modernes de la médecine, il n’y a pratiquement plus de danger au moment de la grossesse. Et s’il y a un danger, il y a toujours la solution de la césarienne, et non pas de supprimer une vie par un avortement.
Ensuite, on nous présente un certain nombre de chiffres qui, personnellement, me posent vraiment problème. Quand on nous dit que «l’avortement clandestin est la cause de 8 à 13% des décès maternels». Une enquête sérieuse donne des chiffres précis. Parler de 8 à 13%, cela montre bien que l’on n’est pas sûr de ces chiffres et donc, que les choses ne sont pas claires. De même, quand on nous parle de 51 mille 500 avortements provoqués au Sénégal en 2012. D’abord, le chiffre me semble énorme, donc il faudrait le vérifier scientifiquement. Et justement, comment faire cette vérification, lorsqu’il s’agit d’avortements clandestins, donc qui sont cachés. Il faudrait plus de sérieux et aussi plus de respect. Etant moi-même visiteur de prisons, je n’accepte pas qu’on publie ainsi les chiffres et les proportions des femmes qui sont emprisonnées pour des questions d’avortement et d’infanticide. Ces femmes ont droit au respect et beaucoup plus à la compassion qu’à la condamnation. D’ailleurs, je trouve qu’il y a à ce sujet une confusion très grave.
On nous dit qu’il faut médicaliser l’avortement, parce qu’il y a trop de femmes en prison pour avortement ou infanticide. Mais si nous légalisons l’avortement, nous supprimons des vies humaines, nous sommes nous-mêmes responsables d’avortements et d’infanticides. Ce sont donc tous ceux qui soutiennent la légalisation de l’avortement et sa médicalisation qui devraient être mis en prison eux aussi pour soutien et promotion de l’infanticide.
Il est absolument évident qu’on ne peut pas accepter que des filles soient violées, même si elles ne se retrouvent pas enceintes d’ailleurs. Mais celui qu’on doit punir, ce n’est pas le bébé dans le ventre de sa mère qui est absolument innocent et qui n’a rien fait de mal, c’est le violeur, surtout s’il est responsable d’un inceste.
Enfin, il y a une contradiction interne absolue dans ce que l’on affirme. On nous parle de la loi sur la santé de la reproduction pour autoriser l’avortement médicalisé. Mais l’avortement, c’est justement le contraire de la reproduction. Ce n’est pas mettre des enfants au monde dans des bonnes conditions, c’est les supprimer. Ce n’est pas la santé, c’est la mort. Il faut réfléchir à ce que l’on dit et qu’on ne parle surtout pas d’une loi salvatrice. C’est une loi qui va enfoncer les femmes enceintes qui ont des problèmes dans des difficultés encore plus grandes. C’est une loi qui va tuer la société au lieu de la sauver. On met ainsi en place une société de mort et non pas une société qui défend la vie. Excusez-moi si ces termes vous semblent trop forts, mais c’est parce que le problème est vraiment très grave. Il faut qu’on y réfléchisse sérieusement, en conscience, à partir de nos valeurs et non pas en nous laissant entraîner par des pays occidentaux qui ont perdu le sens de la vie. D’ailleurs, même dans ces pays, beaucoup de citoyens et de médecins s’opposent à ces avortements médicalisés. Là encore, il ne faut pas nous laisser tromper.
Par ailleurs, je suis tout à fait d’accord qu’il faille arrêter de mettre en prison les femmes qui ont avorté. Elles n’ont pas besoin de condamnation. D’abord, elles savent que ce qu’elles ont fait est mauvais et se culpabilisent déjà trop. Elles ont besoin d’être déculpabilisées et non pas d’être emprisonnées. Ce n’est certainement pas en prison qu’elles vont pouvoir vivre une vie nouvelle et changer leur comportement, en se retrouvant en pleine promiscuité avec d’autres personnes qui ont commis des choses encore plus graves. Il faut donc à tout prix arrêter de mettre ces femmes en prison, mais leur assurer un suivi psychologique et social pour qu’elles puissent redémarrer dans la vie. Et attaquer les vraies causes de ces avortements et de ces infanticides et trouver une solution aux problèmes qui les ont amenées à avorter : en particulier la pauvreté et le manque d’éducation sexuelle. Mais légaliser l’avortement, c’est du laisser-aller, ce n’est pas de l’éducation. Et ce n’est pas cela qui va résoudre nos problèmes de pauvreté.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
janvier 24th, 2016

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