L'alcoolisation fœtale, un danger trop peu connu

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L’alcoolisation fœtale, un danger trop peu connu


lefigaro, 03/04/2016
L’Académie de médecine prône la « tolérance zéro » pour l’alcool pendant la grossesse.Mais les connaissances des chercheurs comme du grand public restent désespérément insuffisantes

À leurs grands-mères, on racontait que le vin rouge tacherait la peau de leur futur enfant. À leurs mères on disait que la bière ferait monter le lait. Aux femmes enceintes aujourd’hui, les médecins interdisent formellement l’alcool
 mais les rassurent si elles s’inquiètent d’avoir trop bu avant de savoir qu’elles portaient un enfant.

Entre ces générations, la médecine a découvert le syndrome d’alcoolisation fœtale, qui associe dans sa forme la plus grave une dysmorphie faciale, un retard de croissance et un déficit mental chez l’enfant. Mais les troubles liés à l’exposition du fœtus à l’alcool pendant la grossesse et l’allaitement restent mal connus. D’abord des futures mères: 20 % boivent durant leur grossesse (enquête Périnatale 2010 de l’Inserm). Une analyse du discours de 42 femmes enceintes sur des forums Internet, menée en 2007 par la sociologue Stéphanie Toutain (université Paris-Descartes), montrait qu’elles comprenaient mal le risque (distinction entre alcools dits «doux» et alcools dits «forts», croyance que seul le 1er trimestre de grossesse était à risque
), et en avaient une perception amoindrie après avoir vu leurs mères ou leurs amies consommer de l’alcool sans dommage pour leur bébé. De leur côté, les médecins peinent à identifier les symptômes et rechignent à interroger leurs patientes, tant l’alcoolisme féminin reste un sujet tabou.

L’alcool traverse le placenta

L’Académie de médecine, dans un rapport adopté le 22 mars, lance donc «un seul mot d’ordre: tolérance zéro alcool pendant la grossesse». Cette intransigeance s’explique: l’alcool ingéré par la femme enceinte traverse le placenta. Le fœtus a le même taux d’alcoolémie que sa mère, mais il est incapable de métaboliser l’éthanol, facteur toxique de l’alcool. Difficile en revanche de préciser à quel moment de la grossesse, ni à partir de quelle quantité, l’alcool devient dangereux. Et pour des raisons mal élucidées, certains fœtus seraient plus susceptibles que d’autres d’être atteints. On connaît des cas d’enfants touchés dont le jumeau était indemne.

«Aujourd’hui, des données laissent penser qu’un verre de temps en temps n’a probablement pas d’effet. Mais on ne connaît pas le seuil à partir duquel l’alcool peut poser un problème, mieux vaut donc ne pas boire du tout, d’autant que l’alcool n’est pas un produit nécessaire», explique le Pr Philippe Deruelle, responsable du service d’obstétrique au CHRU de Lille et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens.

Message infantilisant

Le message peut cependant être vécu comme infantilisant par bien des femmes qui, faut-il le rappeler, ont toute liberté de décider de leur attitude, même pendant la grossesse. «Autrefois, il existait des “curateurs au ventre” nommés pour veiller à l’intérêt de l’enfant lorsqu’une atteinte in utero pouvait être crainte, rappelle Jean-René Binet, professeur de droit à l’université de Rennes. Mais désormais le fœtus n’a pas de personnalité juridique.» Impensable donc de forcer la mère à cesser de boire ou à se faire dépister, une action en justice ne pouvant être envisagée contre elle que si «l’enfant est né vivant et viable», précise Jean-René Binet.

«Il ne s’agit ni de dramatiser ni de culpabiliser les femmes, mais de prévenir les conséquences visibles et invisibles de l’exposition des fœtus à l’alcool», plaide le Pr Gilles Crépin, gynécologue-obstétricien et président de la commission ayant écrit ce rapport à l’Académie de médecine. Les recommandations des académiciens tiennent en peu de mots: mieux informer le public et les femmes, dépister l’alcoolisme maternel (pendant la grossesse avec des auto-questionnaires et des biomarqueurs, à la naissance par l’analyse des premières selles de l’enfant. Développer un réseau de prise en charge des enfants atteints. Et développer la recherche.

Recherche nécessaire

Car force est de constater que les connaissances sur l’alcoolisation fœtale restent très parcellaires. Chaque année en France, nous disent les académiciens, 1 % des enfants (soit 8 000) naîtraient avec un syndrome d’alcoolisation fœtale, dont 800 avec une forme grave. Mais ce chiffre est
 l’extrapolation d’une étude menée en 1991 à la maternité de Roubaix. Depuis, aucun travail épidémiologique n’a été mené pour évaluer la fréquence réelle de ce trouble! À titre de comparaison, la trisomie 21, pourtant bien moins fréquente (1 cas pour 2 000 naissances vivantes), est systématiquement dépistée


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Publié par:
Benoit

Publié sur:
avril 5th, 2016

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