Avortement : témoignage d'une ex-employée du Planned Parenthood

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Avortement : témoignage d’une ex-employée du Planned Parenthood


lesalonbeige, 09 avril 2016
Capture d’écran 2016-04-11 à 21.13.08« Je suis bénie d’être ici en cette fin de semaine, dans ce pays si beau, partageant tout ce que nous avons vécu ce week-end. Vraiment, on peut penser que l’on va quelque part pour donner, mais j’ai reçu beaucoup, et cela m’a donné beaucoup de force pour continuer et persévérer dans ce que je fais, dans la défense de la vie. Vous, plus que quiconque,  savez combien c’est difficile, que quelquefois l’on peut être découragé. Alors, cette fin de semaine a été merveilleuse, je veux remercier les organisateurs et les personnes qui m’ont amenée ici.

Mon histoire est crue, douloureuse, beaucoup de personnes se sentent mal quand ils entendent ce que j’ai vécu à la clinique de « Planet Parenthood » (Planning familial), ce que j’ai vécu après mes trois avortements, j’ai eu des personnes qui se sont évanouies pendant mes conférences, mais il est nécessaire d’écouter ce qu’est la vérité, d’écouter ce qui se passe avec ces femmes, ce qui se passe avec ces enfants non nés, et le mensonge que l’on vous sert dans les différents parties du monde.

Malheureusement pour cause d’ignorance, j’ai avorté, j’ai beaucoup souffert ; en travaillant dans cette clinique j’ai fait beaucoup de mal à un grand nombre de femmes, à beaucoup d’hommes, à ma famille et à moi-même également.

Je livre ma vie dans ce témoignage, j’ai beaucoup de honte à raconter cela, pour moi c’est pénible d’être debout ici avec le micro, mais c’est nécessaire pour ne pas que d’autres personnes tombent dans cette tromperie.

Je vais commencer mon histoire à l’époque où j’étais toute jeune. Quand j’étais petite fille, je ne savais pas ce qu’était la souffrance. J’étais très heureuse avec ma famille, et pour moi, j’ai eu les meilleurs parents du monde : ma maman très affectueuse, très tendre, mon papa, un homme travailleur, qui donnait tout pour sa famille, mais ce qui manquait, c’était la foi. Ce qui manquait à ma famille c’était Dieu et ses valeurs. Dans ma maison, on se préoccupait seulement d’avoir la meilleure maison du quartier, les derniers modèles de voitures, les plus jolis vêtements …

Nous étions très matérialistes, nous nous laissions porter par la société, par le qu’en dira-ton, et chez moi, on n’a jamais parlé de la chasteté. Mon père me disait simplement « Ma fille marie-toi, cherche-toi un homme avec une bonne situation, qui gagne de l’argent, et absorbe-toi dans ta carrière, pour toi aussi gagner ton argent, parce qu’ici, aux États Unis, si tu n’obtiens pas de bons crédits, si tu ne fais pas de bonne carrière, tu n’est personne : le succès est très important. C’était cela la valeur que j’avais dans mon cœur.

Ma mère, comme je vous l’ai dit, était une femme très douce, pour moi la meilleure mère du monde, mais le défaut qu’elle avait était la vanité. Et depuis petite fille, ma mère me disait tout simplement : « Ma fille, je me suiciderai à 40 ans, je me couperai les veines parce que je préfère mille fois mourir que d’avoir des rides sur le visage ! » Et je me rappelle que la première fois que ma mère m’a dit cela, j’ai été épouvantée : « Maman, comment se fait-il que tu vas te tuer pour ne pas avoir de rides sur ta figure ! ». Mais pour ma mère, la vie n’avait de valeur qu’avec la beauté et la jeunesse. Les valeurs de la vie que j’avais dans mon foyer, pour être quelqu’un d’important, pour avoir une identité, étaient que je devais avoir la beauté, la jeunesse, du succès et une belle carrière. C’étaient les valeurs que j’avais. Ce n’était pas « Ma fille, respecte-toi, tu vaux beaucoup, trouve-toi un homme qui te mette sur un piédestal. Tu es vierge, prends soin de ce trésor que tu possèdes, cette pureté ; viens à l’église vêtue de blanc… » Je n’avais pas ces espérances.

Quand j’ai eu douze ans, dans mon collège, on nous a dit « Les enfants, vous allez avoir un cours sur la sexualité, vous devrez avoir la permission de vos parents pour y assister ». Je me rappelle que j’en ai parlé à ma mère en revenant : « On va avoir un cours sur le sexe. Tu me donnes la permission d’y aller ? ». Et ma mère me répond : « C’est fabuleux que ces gens intelligents viennent vous faire ce cours ! » Mais je sentais que ma mère éprouvait de la honte de me parler de sexualité, mon père également, et cela me rendait moi-même honteuse que mes propres parents me parlent de sexualité. Je préférais mille fois aller au cours, et que ces personnes m’en parlent. Je pourrais poser toutes les questions que je voudrais librement. Arrive le jour du cours, on nous amène 30 bananes, 30 préservatifs, on nous montre comment mettre la capote sur la banane… « Les enfants, on va vous dire comment pratiquer le sexe de manière sécurisée (safe sex en anglais) » On nous a donné des contraceptifs en nous disant que c’était destiné à éviter une grossesse et les maladies sexuellement transmissibles, ce qui est un mensonge.

C’est scientifiquement prouvé que les moyens anticonceptionnels sont abortifs, ils n’évitent aucune grossesse de même que le préservatif qui n’évite pas non plus les MST. Mais lors de ce cours on nous disait : à 100 % sexe sans risque.

On nous y a parlé de la pornographie : « les enfants, ce n’est rien, vous regardez seulement », ils nous ont parlé de la masturbation : « la masturbation ce n’est pas grave !  Nous préférons que vous vous masturbiez plutôt que d’avoir des relations sexuelles avec de multiples partenaires. Comme cela, vous les filles, vous ne tombez pas enceintes et vous ne serez pas contaminées par des MST. Ils nous ont dit :« Les filles, vous aimerez plutôt des garçons, ou peut-être aussi des filles. Les garçons, vous allez être attirés par les femmes ou peut-être par les hommes, et c’est complètement normal ».

Nous, on a posé des questions sur l’homosexualité, sur la masturbation, ils nous disaient que la masturbation était très saine, qu’elle nous libérait du stress, toutes ces choses déformées.

Alors, quand je suis sortie de ce cours, je me souviens avoir pensé « Quelle bonne chose, que je puisse avoir des relations sexuelles. La seule chose que j’ai à faire c’est de me protéger, on me montre même comment être « responsable » et pratiquer le « sexe sécurisé ». C’est le concept que j’avais à propos de la sexualité : des valeurs totalement négatives, mauvaises, un leurre.

Je me rappelle cette même année de mes douze ans, nous n’avions aucune foi, nous n’étions pas unis comme une famille, on n’allait pas à la messe, mes parents ont divorcé. Ce divorce a été si douloureux pour moi que je commençai à avoir un trouble du comportement qui s’appelle la trichotillomanie. Ce trouble atteint beaucoup de jeunes garçons et filles et consiste à se tirer les cheveux. Et je me tirais énormément les cheveux, parce que je ne savais pas comment lutter contre cette souffrance.

Ma mère s’en va au Mexique et moi je reste vivre avec mon père. Je lavais le linge, je cuisinais, je faisais le ménage, et mon père me faisait toute confiance puisque je faisais tout ce que ma mère faisait. Alors, il me laissait sortir, il n’y avait pas de discipline. J’allais tous les week-ends aux bals avec des amies, j’étais vaniteuse, égoïste, présomptueuse, je devais être la meilleure, la plus jolie, avoir les plus beaux vêtements, j’étais prise au jeu. Seuls comptaient mes succès, mes rêves, mes études, et c’était tout ce que j’avais dans le cœur.

Quand j’ai eu 19 ans, j’ai connu mon premier fiancé, il avait 25 ans. Nous avons commencé à avoir des relations sexuelles. Je pensais que le vrai amour c’était : « bon, c’est mon fiancé, nous sommes amoureux, nous nous aimons, quand une personne aime autant quelqu’un, on se donne totalement » ; cela pour moi c’était l’amour. Maintenant je sais que cela est un faux amour, car il en découle des conséquences graves quand on a des relations sexuelles en dehors du mariage.

Donc nous avons utilisé le préservatif, et cela a échoué. Le préservatif échoue à 25 % lors de la première année, à 50 % la deuxième année, donc il n’évite aucune grossesse. Et c’est ce qui m’est arrivé : je suis tombée dans le piège. Je me suis sentie très mal un matin, avec des nausées. J’en ai parlé à ma cousine qui m’a ramené un test de grossesse, et quand je l’ai vu positif, immédiatement ce qui entra dans mon cœur ce fut la peur.

Que vais-je devenir ? Mon père va se mettre en colère, il va me mettre à la porte ! Mes études, le succès ? Ici il n’y a pas de succès : 19 ans et enceinte, ma vie est terminée, je n’arriverai jamais à rien. Et la deuxième chose qui m’est passée par la tête est : mon corps va changer ! J’étais si vaniteuse, je m’éclatais au gymnase…Je ne veux pas parce que si on n’est pas belle, on ne vaut rien, pas vrai ? C’est ce que j’ai appris. Alors, je vais être défigurée, je ne veux pas ! Je plaignais mon père : que vont dire les gens de moi, que va dire ma famille de moi ? Alors ma cousine me dit « Patricia, tu dois avorter, je pense vraiment que tu devrais te focaliser sur tes études, avorter, et tirer les leçons de cette histoire ». Ma cousine m’aimait beaucoup, elle pleurait elle aussi et avait très peur. Elle ne me voulait pas de mal et pensait me donner le meilleur conseil, nous étions ignorantes. J’ai dit que j’allais en parler d’abord avec mon fiancé. Quand je lui ai parlé, mon fiancé était tout heureux d’être papa : « Patricia, je te soutiens, ne t’inquiètes pas, je suis avec toi, je vais prendre soin de toi ».

Vous ne vous imaginez pas combien ces mots d’un homme : « je te protège, je m’occupe de toi, je suis avec toi… » consolent le cœur d’une femme angoissée et enceinte. L’appui de l’homme disant « tu sais, oui nous allons l’accueillir » me donnait beaucoup de courage. Peu importe ce qui se passe, je ne suis pas seule. Je pense que beaucoup d’avortements se produisent suite à l’abandon de l’homme, parce que l’homme fuit. 66 millions d’avortements sont pratiqués aux Etats Unis, cause n°1 : l’absence de l’homme. Et comme lui me soutenait autant, j’ai dit oui !

Je me rappelle qu’à ma première échographie, à deux mois de grossesse, à l’écran, j’ai vu la tête formée, les bras, et je me rappelle avoir vu les battements du petit cœur : je pouvais voir littéralement le cœur qui palpitait. Je voyais le début de sa formation, je commençais à voir la vie. Et quand je suis sortie de cet endroit, je me suis mise à parler à mon ventre, à lui chanter des chansons ; la nuit, je mettais mes bras autour, je sentais que je protégeais une vie dans mon ventre, je me sentais heureuse.

Deux mois passent, et quelques unes de mes « meilleures amies » passent me voir, angoissées, elles pleuraient. Elles me disaient : « Qu’est-ce que tu fais Patricia ? Tu es folle ! Tu prends la pire décision de ta vie ! Regarde : il n’est pas complètement formé, pas vrai, si tu regardes cette échographie ?! Pour le moment ce n’est pas un bébé, il n’est pas formé, c’est un amas de cellules (litt. : une poche, un sac de cellules). Tu dois avorter avant 5 mois, car là, à 5 mois ce sera un bébé. Mais pour l’instant tu n’est qu’à 4 mois, et tu as là une opportunité. Tu dois terminer tes études, réussir… ». Et la peur est revenue : bien sûr elles ont raison, je suis folle, qu’est-ce que je fais ?

Je pense que la racine de l’avortement est la peur. Je sais que c’est aussi l’égoïsme mais à la racine de l’égoïsme on trouve aussi la peur. J’avais très peur, alors j’ai dit oui, elles ont raison, je vais avorter. Mais je ne peux pas dire à mon fiancé que je vais avorter, lui est heureux. Alors je vais lui sortir un mensonge. Les Latinos n’avortent pas, les Mexicains n’avortent pas ! C’est pour les Américains ! Donc, je vais avorter, je lui mentirai, mon problème sera résolu. C’est un problème : maintenant ce n’est pas un bébé dans mon ventre. Je cessai de lui parler, de chanter pour lui ; au moment où j’ai décidé d’avorter, je me suis totalement déconnectée de lui. Pour moi, j’avais décidé, je ne sais comment, de me dire dans ma tête « amas de cellules », parce que c’était l’égoïsme qui avait gagné dans mon cœur, c’étaient mes réussites, mon père, ce que diraient les gens, mes objectifs. C’étaient les pensées qui régnaient dans mon cœur.

J’arrive à la clinique, avec beaucoup, beaucoup de honte : la plus grande partie des femmes y viennent en baissant la tête, je ne reverrai personne d’ici, je veux entrer et sortir le plus vite possible. Je me rappelle que passée la porte d’entrée, je ne pouvais éviter de voir la salle d’attente : que des chaussures de jeunes, des baskets. Et quand je me retourne vers l’arrière, 20 à 30 jeunes de 13 à 17 ans, prêtes à avorter. Cela m’a énormément surprise de voir tant de jeunes. La réceptionniste m’a dit : « Ici en Californie, et dans beaucoup d’autres états d’Amérique, une fille de 13 ans peut avorter sans le consentement du père. Je crois qu’ici en Espagne, c’est à partir de 16 ans, mais en Californie, c’est 13 ans seulement : impossible pour le père de savoir que sa fille a avorté. En Californie, si une fille de 20 ans a mal à la tête et veut acheter en pharmacie un cachet contre les maux de tête, elle doit attendre d’avoir 21 ans. Mais si une fille de 13 ans veut entrer en clinique pour avorter et qu’on pratique sur elle un acte de chirurgie, d’anesthésie, elle peut le faire et personne n’en saura rien. Les lois sont ainsi.

Donc, je rentre dans la salle d’opération, très nerveuse parce qu’on ne nous dit jamais ce qui se passe durant l’avortement ni ce qui se passe après. J’étais assise sur la civière et la doctoresse me dit « Ah Patricia, ne sois pas nerveuse ! Moi même j’ai subi un avortement, j’en ai pratiqué deux sur ma fille. Je vais bien, ma fille va bien, et toi aussi tu iras bien. Tu ne fais rien de mal, c’est un amas de cellules ». Alors je regardais cette doctoresse, très jolie, très professionnelle, et je me suis dit bon, elle a eu un avortement, elle en a fait deux durant l’année passée sur sa fille, donc tout va bien, je ne fais rien de mal, c’est une doctoresse qui me le dit, et les médecins veulent le bien de leur patients. Donc je me suis dit cela dure cinq minutes, ne t’en fais pas. Là dessus entre l’infirmière, avec l’échographe, pour me faire, comme m’en informe la doctoresse, la dernière échographie pour savoir à quel mois de grossesse je suis. Allongée avec l’appareil sur l’abdomen, quelque chose en moi disait : regarde l’écran. Je me disais en me rappelant la première échographie : si le bébé s’est développé, je ne le fais pas. « Madame l’infirmière, je peux voir l’écran ? – Pourquoi veux-tu voir l’écran ? – Eh bien je veux voir si mon bébé s’est développé, s’il est grand ! – Bébé?! Mais Patricia, clairement, ce n’est pas un bébé, c’est un amas de cellules, tu ne fais rien de mal, ce n’est pas la peine de regarder l’écran ».

Pendant l’avortement je me dis : j’ai décidé de faire comme cela, l’avortement ne me traumatisera pas, je suis plus forte. Je me suis raidie et j’ai dit : je ne vais pas me mettre à pleurer ; je vais rester ici et je vais survivre aux cinq minutes que durera cet avortement, ça va vite passer. J’ai dû me bloquer pour pouvoir survivre à cet avortement : je ne me rappelle ni les instruments, ni la douleur, ni rien, seulement que mon cœur est devenu si dur, et je suis devenue ainsi parce que je ne voulais pas m’angoisser.

Avant de sortir de la clinique, la doctoresse m’a donné des contraceptifs « pour que tu prennes soin de toi et que tu puisses continuer à avoir des rapports sexuels protégés ». La seule chose que j’allais ressentir par la suite d’après elle serait des « coliques, un saignement et c’est tout : demain tu peux reprendre ton travail sans problème ».

« J’éprouvais des sentiments contradictoires, comme de la trahison, mais en même temps du soulagement d’être débarrassée de ce problème. Mais j’ai ressenti aussi quelque chose de très bizarre, quelque chose comme un vide dans le ventre. Mais bon, je me suis dit que j’allais enterrer cela au plus profond de moi, que j’allais l’oublier et continuer comme la femme que j’étais avant.

J’ai appelé mon fiancé, et je lui ai dit : « Qu’est-ce que tu crois ? Ce matin, je me suis sentie mal et nous avons perdu le bébé. Je suis passée voir la gynécologue et voilà, on a perdu le bébé ! », comme ça, froidement. Et quand je l’ai entendu pleurer, pleurer, et pleurer la « perte » de ce bébé, et s’en trouver si affecté, je me suis dit : comment est-ce possible que lui, un homme, puisse pleurer, et que moi, la femme qui a avorté, ne puisse même pas verser une larme ? Je me suis sentie tellement coupable, mais pas triste, c’est cela qui est bizarre, comme si j’étais bloquée. J’ai commencé à me sentir coupable, mais j’ai dit : bon, c’est tout, je ne suis plus enceinte, moi et mon fiancé, on va continuer comme avant, on va oublier tout cela.

Mais nous n’avons pas pu l’oublier : je me sentais anxieuse, je faisais des cauchemars, je regardais des enfants, et ça me faisait mal d’entendre leurs cris. Mon fiancé pleurait et me disait : « Patricia, je rêve d’une petite fille qui m’appelle « Papa, papa ! ». Il devenait triste, il souffrait lui aussi du syndrome post-avortement : mon pauvre fiancé ne s’est pas rendu compte que j’avais avorté mais il en souffrait tout de même les conséquences. Et moi, je me mettais en colère quand il me parlait de cette petite fille. Je lui disais : tais-toi maintenant, parce que tu deviens triste. Je me sentais si coupable, je m’arrachais encore davantage les cheveux, mon fiancé me dégoûtait, mes sentiments envers lui ont commencé à changer, je ne comprenais pas ce qui se passait. Et lui me disait «  Patricia, pourquoi tu te fâches tout le temps, tu as des crises de colère, tu es triste, tu pleures pour un rien, tu n’es plus la même qu’avant ». Et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et je ne faisais pas le lien avec l’avortement.

Mais j’ai continué à avoir des relations sexuelles avec lui, à pratiquer les « rapports protégés », moi, une femme responsable, je prenais ma pilule tous les jours… et je suis retombée enceinte pour la deuxième fois, six mois après le premier avortement. J’ai dit : comment est-ce possible que je me retrouve enceinte encore une fois, alors que je fais attention et que j’ai un comportement responsable ? Je ne comprenais pas. Mais cette fois, j’ai dit : qu’importe ! Je suis à peine à un mois de grossesse, c’est un amas de cellules, ce n’est rien ! Mais j’aurais trop de honte de devoir revenir à la même clinique ! Comment pourrais-je revenir et me montrer, moi qui venais d’avorter six mois auparavant ! Je suis donc allée à la clinique du Planning Familial. Je suis entrée dans les mêmes dispositions : je ne sentirai rien, je vais rester calme, cela ne me perturbera pas, je vais surmonter cet avortement, cela ne va pas me traumatiser…

La seule chose que je me rappelle de cette doctoresse du Planning, c’est qu’elle a commencé à m’applaudir : « Félicitations, Patricia, je n’arrive pas à croire que tu ne pleures même pas, que tu ne gigotes pas et que tu ne me poses pas de problème ! C’est une femme courageuse que j’ai vu pendant cet avortement, tu es la meilleure patiente que j’aie eu ! – Vraiment ? – Mais regarde, tu ne bouges même pas, tout a été rapide, et pour moi c’est très bien ! Félicitations, tu es une femme courageuse ! »

Et moi, je me suis vraiment sentie comme LA femme courageuse, la meilleure de celles qui avaient avorté au Planning. Elles (NB : les infirmières) m’emmènent ensuite dans une petite salle derrière la clinique, m’habillent avec une petite robe de chambre, des chaussettes bien chaudes, me font un massage, m’offrent des petits gâteaux, un thé, tout en me disant : « Félicitations, on nous a dit que tu t’es très bien comportée », et moi, j’étais reconnaissante envers le spa et les services du Planning. Et à nouveau, je suis sortie de là avec ma pochette de préservatifs et mes pilules contraceptives, pour continuer à pratiquer les « rapports protégés ».

Ce qui me fascinait au Planning, c’est que, quand ils téléphonaient chez mon père, ils changeaient leur nom pour que mon père ne sache pas que je venais chez eux. Quand ils m’envoyaient des résultats d’examens par courrier, ils ne mettaient jamais leur logo sur l’enveloppe pour que mon père ne sache pas que j’allais à cette clinique du Planning. Et jamais on ne me facturait les contraceptifs… Donc les gens du Planning étaient pour moi des dieux, c’étaient mes sauveurs. Je pouvais faire ce que je voulais avec mon fiancé, et eux me soutenaient. J’en pensais le plus grand bien.

J’ai continué avec mon fiancé, mais les choses ont empiré après ce deuxième avortement. On m’avait dit la même chose : « Des coliques, voici des pilules, c’est la seule chose que tu vas ressentir ». Mais j’avais envie de me tuer, je me sentais si angoissée, si vide, je m’arrachais toujours plus les cheveux. Je me regardais dans le miroir : avant, comme j’étais vaniteuse, je voyais une princesse. Maintenant, je voyais une personne tellement dégoûtante, l’estime que j’avais de moi-même a commencé à baisser, je me voyais très grosse alors que je ne l’étais pas, j’étais très élancée. J’ai commencé à faire de l’anorexie, des troubles mentaux, je ne pouvais plus dormir, je me sentais coupable, et je ne comprenais toujours pas pourquoi tout ça m’arrivait. Mon fiancé me dégoûtait encore plus, (sentimentalement) je m’éloignais beaucoup de lui : 90 % des couples qui vivent un avortement finissent par se séparer ou divorcer, c’est une statistique vérifiée.

Je prenais de plus en plus mes distances mais je restais pourtant avec lui même si je ne comprenais pas ce qui se passait, même s’il me dégoûtait énormément. On continuait à utiliser la pilule, en ayant des relations sexuelles de manière « responsable », et je suis tombée enceinte pour la troisième fois. Comment ça se fait ? Et moi j’étais furieuse, mais POURQUOI est-ce que je tombe enceinte, je ne le comprends pas !

Cette fois, je ne veux pas avorter seule et me sentir coupable. Je veux que lui aussi se sente coupable, et qu’il vive aussi la misère que je vis moi. Alors, ce que je vais faire, je vais lui dire que je suis enceinte, il va être content, mais je vais devoir le manipuler pour qu’il m’accompagne à la clinique pour avorter.

Je me rappelle l’avoir appelé, et il est devenu si heureux… Quand je l’ai entendu si content, je lui ai dit : – Non, non, non ! Ne t’enflamme pas, cette grossesse ne peut arriver à son terme, on ne peut pas devenir parents si jeunes. Écoute, ce n’est pas le moment.

Je pense que beaucoup de gens disent « ce n’est pas le moment », le moment ne leur convient pas.

– On va d’abord se marier et former une famille !

Et quand il m’a dit : « Patricia, vraiment, tu veux m’épouser ? » je n’ai répondu que des mensonges, je ne le supportais plus ! J’ai dit : mais bien sûr que je veux me marier avec toi. Et lui me répond : « Patricia, je veux bien te faire plaisir, mais moi, je ne veux pas de cet avortement ». Et quand il m’a dit ça, je suis devenue une lionne, ça m’a donné un de ces courages ! Je lui réponds : Et toi, quel droit as-tu sur MON corps ? C’est MON corps. C’est à MOI que mon père ne parlera plus ! JE vais devoir abandonner mes études, mon travail, c’est MOI qui vais devoir me charger de tout ces malheurs, MA vie va se terminer. Toi, ta vie ne changera pas beaucoup, tes parents ne vont pas arrêter de te parler, tu continueras à étudier, à travailler… C’est MON corps, c’est MON droit ! Et tu sais quoi ? Je me fiche de ce qui se passera, je vais avorter, tu n’as pas voix au chapitre !

Imaginez-vous ! Je lui ai enlevé le droit d’être papa ! Il en est resté sans voix, là tout (ce que j’ai dit) était mauvais. Moi dans ma tête je pensais : quelle personne irréfléchie ! Lui, peu lui importe que ma vie tourne au désastre, comme il est égoïste de ne pas vouloir voir comme je vais souffrir ! C’était mon état d’esprit.

Alors, nous sommes allés à la clinique, une clinique très bizarre. Tout se faisait en groupe. On formait un groupe de femmes qui allaient avorter, avant l’avortement on les examinait en groupe, les avortements, nous les subissions par petits groupes, pour qu’on se sente accueillis, pour qu’on sente que l’on éprouvait de l’amitié, pour qu’on sente du soutien. Leur manière de faire est très bizarre dans cette clinique.

Je me rappelle que lorsque j’étais allongée sur la table, ils ont pris la machine aspirante, qui est un gros aspirateur très puissant, 28 fois plus puissant qu’un aspirateur domestique. J’ai entendu ce bruit très fort, je le connaissais déjà, mais je voulais voir la réaction de mon fiancé. Et quand je l’ai regardé, jamais de ma vie je n’avais vu un visage aussi mort de peur, aussi terrifié. Ses lèvres tressautaient nerveusement, sa main me serrait très fort. Et pendant l’avortement, j’ai senti ses larmes mouiller mon visage. Quand je sentais ces larmes m’inonder, je me sentais si coupable, je me disais en mon cœur : mais pourquoi lui peut-il pleurer à cause de l’avortement et que moi, je ne peux pas même verser une larme, je ne me sens pas triste, coupable, oui, mais pas triste. Lui, il pleure lors d’un avortement et c’est un homme ! Qu’arrive-t-il à mon cœur ? Mon cœur était dur. Je me rappelle avoir pensé : jamais je ne raconterai à quiconque ces trois avortements. Lui, il pense que c’est mon premier, alors qu’en réalité c’est mon troisième en un an et demi, et personne, personne ne saura ce qui s’est passé, je voulais l’enterrer au plus profond de mon être car je me sentais infiniment honteuse durant cet avortement, honteuse envers lui, une honte immense, je ne pouvais plus le regarder en face après. Alors, me suis-je dit, je le quitte, j’oublie les avortements, j’ai besoin de changer de vie parce que j’ai envie de me tuer, je me sens désespérée. Je pensais que j’avais besoin de changer d’air.

Je déménage alors dans la capitale de l’État de Californie, Sacramento, et je vois une annonce urgente du Planning Familial qui recherchait une infirmière parlant l’espagnol. Et moi, je me dis, bon, je ne suis pas infirmière, mais peut-être ont-ils seulement besoin d’une personne qui parle deux langues. Et pendant mon entretien, la responsable me dit : « Ne t’en fais pas si tu n’est pas infirmière, nous, ici, on peut te former ». Je voyais cela comme une opportunité, a part que je trouvais bizarre le fait qu’ils allaient m’embaucher sans les diplômes requis. Manipuler des aiguilles, des instruments, il faut avoir fait des études pour ça. Mais « ne t’en fais pas, tu t’entraîneras ici même ! Voir beaucoup de sang, ça te dérange ? – Non. – Bien. Ici, on fait 25 avortement le mercredi, et 25 le vendredi, soit 50 au total. A peu près 45 d’entre eux sont pratiqués sur des femmes hispaniques, sans papiers d’immigration, et elles ne parlent pas un seul mot d’anglais. C’est pour ça qu’on a besoin de quelqu’un comme toi, qui travaillera avec nous».

Ils me payaient le triple de ce que je gagnais à mon précédent travail. Je me demandais pourquoi le personnel était constitué entièrement de jeunes, au Planning. Maintenant j’ai compris : le planning attrape des jeunes innocents et leur donne beaucoup d’argent pour qu’ils restent travailler là-bas. Ce qu’ils font, c’est qu’ils les trompent et les gardent là-bas. Moi, j’étais contente d’être dans une entreprise qui réussit, et j’aime la réussite. Je pensai monter en grade, faire carrière à cet endroit.

Lorsque j’arrive le lundi au Planning, la responsable me fait entrer de suite dans son bureau, et me dit : « OK Patricia, tu vas donner 50 consultations à partir d’aujourd’hui, tu vas préparer ces filles pour leur avortement le mercredi et le vendredi. Et si tu en vois une qui a très peur d’avorter, tu dois user de toute ton influence, peser de tout ton poids pour qu’elle ne soit pas angoissée. Tu vas leur dire que tu as subi trois avortements, que tu vas bien et qu’elles iront bien aussi. Tu ne dois pas apporter ici une photo de ta famille, de tes cousins, de tes neveux, parce que si une femme entre et voit la photo d’une famille, ça peut la traumatiser et elle va s’en aller. Et si elle s’en va, ce sera ta faute ».

Dans cette clinique, on ne prononce pas les mots bébé, il, elle, maman ou papa. « Tu diras toujours : amas de cellules, tu n’utiliseras pas non plus le mot fœtus ici. Le plus important dans cette clinique est de ne jamais laisser une femme voir l’écran, même si elle l’exige, même si elle le demande en pleurant, ça ne nous intéresse pas ». Seule une infirmière regarde l’écran et cet écran doit être tourné vers elle, ni toi ni les autres employés ne pourront voir l’écran. C’est bien compris ? »

Moi, je ne savais que penser, je ne comprenais pas pourquoi on me demandait de changer mon vocabulaire, mais je n’ai rien dit. J’ai fait ce que m’a demandé la responsable, et toute la journée, je préparais des femmes à avorter. La première des questions que posent toutes ces femmes, c’est la même partout : « Mon bébé va le sentir ? Mon bébé va le sentir, n’est-ce pas Patricia ?! ». Et moi je répondais : mais non, bien sûr qu’il ne sentira rien, puisque ce n’est pas un bébé, c’est un amas de cellules. Un amas de cellules ne ressent rien, ne t’inquiète pas. Je les tranquillisait, car je devais m’assurer qu’elles ne renoncent pas, sinon, je me ferais réprimander, et je pourrais perdre ce travail. C’était la première fois que je vivais  par mes propres moyens, avec une maison, un appartement, une voiture, sans mon père.

En réalité, ce que je faisais sans le savoir, c’était vendre des assassinats. A l’époque, on pouvait gagner jusqu’à mille dollars (= 878,01 € taux d’avril 2016) par avortement, on gagnait donc 25.000 dollars en une journée (21.950,25 €), 50.000 dollars en deux jours (43.900,50 €). Il existe aux États-Unis des cliniques, il y en a peu, mais elles existent, qui font 30 avortements à l’heure, c’est un vrai marché, une culture de mort.

Mais moi, dans mon cœur, je pensais sincèrement que j’aidais ces femmes. Je pensais : il vaut mieux que cette femme ne souffre pas, qu’elle ne mette pas un enfant au monde dans ces conditions de souffrance. Je pensais faire le bien.  A mon arrivée le mercredi matin, jour des avortements, la responsable me reçoit, et me dit : « Patricia, aujourd’hui, tu vas devoir te surpasser, parce qu’aujourd’hui on reçoit un praticien de l’extérieur, qui va passer de chambre en chambre et d’avortement en avortement toute la journée. Un avortement doit durer 5 minutes maximum, sinon, nous perdons de l’argent. Tu sais pourquoi ce docteur vient d’ailleurs ? Tu ne le connais pas, il n’est pas de cette clinique, n’est-ce pas ?! Parce qu’après autant d’avortements, si une femme a ensuite des complications, et veut venir faire une réclamation ou essayer d’engager des poursuites (NB : pour obtenir des indemnisations), et bien le docteur ne fait pas partie de la clinique, il n’est pas ici, et nous n’avons pas de problèmes ».

L’avortement est le seul acte de chirurgie aux États-Unis, où une femme ne peut engager de poursuites en cas de décès ou de complication. La femme signe littéralement un chèque en blanc sur sa vie et, quoi qui puisse lui arriver, elle ne peut engager de poursuites. C’est la loi en Californie et dans beaucoup d’autres États d’Amérique.

La responsable me dit aussi une chose importante : « Ne raconte jamais à quiconque ce que tu vois derrière ces portes. Tu ne peux te lier d’amitié avec aucune femme ici, et tu ne peux pas les regarder dans les yeux pendant l’avortement. Parce que 99 % des femmes viennent ici angoissées, en pleurant, et elles espèrent que l’hôtesse d’accueil, l’infirmière va les regarder dans les yeux et leur dire : Mais pourquoi tu pleures ? Tu veux vraiment avorter ? Il y a d’autres possibilités, tu n’es pas obligée d’avorter. Non, Patricia, ici, la seule option est l’avortement. Donc tu ne les regarderas pas en face. Et ne va jamais dire à une mère ou au père qui est dans la salle d’attente qu’après l’avortement, on jette leurs bébés aux ordures ».

Et quand elle m’a dit ça, « on jette leurs bébés aux ordures », j’étais énormément surprise, car elle a utilisé les mots mère et père. Et moi qui pensais qu’ils ne pouvaient être des papas, des mamans, je ne comprenais rien. Mais je me suis tue, et je n’ai posé aucune question après ces paroles : les bébés aux ordures. J’avais peur de poser une question.

La première fille passe, elle avait 15 ans, elle s’évanouissait dans mes bras. Et je disais : elle exagère ! Elle s’évanouit pour un amas de cellules ?! Moi, j’ai été courageuse, jamais je n’ai pleuré, jamais je ne me suis évanouie… Quelle exagération ! Je me rappelle qu’elle pleurait dans mes bras, et je ne devais pas regarder son visage. Elle transpirait, et je l’ai mise sur la table, le docteur est entré, et m’a dit : « On va commencer l’avortement, j’ai besoin que tu te places derrière moi, et que tu m’assistes ». Je me suis mise debout derrière lui et il m’a dit : « je vais te guider ». On ne m’avait pas entraînée avant, c’était la première fois de ma vie que j’allais assister à une chirurgie.

Le docteur sort les instruments, il sort une seringue longue comme la taille de mon coude jusqu’au bout de mon majeur. Il me dit « ça, c’est pour l’anesthésie. On la lui injectera 7 fois pour qu’elle ne sente rien ». Et moi, comme je ne me rappelais rien de mes trois avortements puisque je m’étais bloquée, ça m’a étonnée. Il commence à injecter l’anesthésiant, la fille avait une peur ! Et il commence à disposer tous les instruments. Il sort la canule, un long tube métallique, au bout pointu comme une lame de couteau, qui se connecte à l’appareil abortif, et il prend la machine aspirante.

Et moi, ce dont je me rappelle de ces cinq minutes avec le docteur, c’est qu’il se penchait, s’accroupissait, [tout en actionnant l’appareil sur les côtés, vers le haut, sur les côtés, bêtement, (le daba los lados, arriba, los lados, a lo tonto), il maniait l’appareil sur la femme comme il pouvait, sans plus (o sea él no más le daba como él podía).] [Traduction?]

La fille a commencé à gigoter, les instruments se sont mis à bouger, il y avait du sang qui se répandait, le docteur s’activait dans un chaos complet. Je m’étais mise debout derrière lui et la fille criait : « Mon bébé ! Mon bébé ! Mon bébé !». Toutes les femmes savent ce qu’est un bébé au plus profond de leur être. Et moi, debout derrière le docteur, je me disais : ce n’est pas normal. Ça donne l’impression qu’on la viole !

Il est scientifiquement prouvé que l’avortement est littéralement un acte de violence, c’est un viol. Et le docteur, il s’agitait au milieu de ce chaos, sondait, et moi je lui ai demandé :  Docteur, comment savez-vous que vous avez tout enlevé ? parce que j’avais vu qu’il éprouvait beaucoup de difficultés. Il m’a répondu « Grâce au temps, Patricia, je calcule le temps, et aussi grâce à la quantité de sang que je vois dans ce bocal ». Et il me dit ensuite, « ça y est Patricia, les cinq minutes sont passées, je crois qu’on a fini ! »  « Je CROIS qu’on a fini » !?! Il éteint la machine, il avait retiré cette quantité de sang (geste), il ouvre le bocal, le contenu tombe dans un sac. Et l’infirmière qui se tenait dans un coin de la salle me demande de d’attraper ce sac et de la suivre. J’ai fait ce qu’elle me demandait et l’ai suivie jusqu’à une petite salle derrière la clinique. Je rentre dans cette petite pièce, et l’infirmière me dit : « ferme la porte, vite ! Parce que si cette fille se lève pour aller aux toilettes et voit ce que nous allons voir maintenant, alors nous pourrions avoir des problèmes, et elle pourrait nous faire un procès ». Et moi, déconcertée, j’ai fermé la porte. Je pensais : maintenant on va trouver l’amas de cellules dont j’ai parlé à cette fille il y a deux jours, en lui disant que ce n’était rien. Nous devions vérifier en effet que l’amas de cellules était bien présent, pour que cette fille puisse retourner chez elle.

J’avais un bassin de verre devant moi, j’ai pris le sac, l’ai vidé dans le bassin. Ma collègue a pris une paire de pinces, des forceps, elle les a mis dans le bassin et a commencé à en explorer (litt : naviguer) le contenu. Soudain, elle lève vers la lumière un bras, avec la main écartée comme ça, et elle dit : « partie numéro 1 ! ». C’était la partie numéro un du bébé, on devait en trouver cinq pour qu’on puisse dire au docteur que l’avortement avait réussi.

C’était comme si Dieu avait arrêté le temps ! Je pouvais contempler ce bras et cette main qu’elle tenait  en l’air. J’en voyais tous les détails : la première chose que j’ai vue, c’étaient les empreintes digitales.  C’est ce qui sert à nous identifier, à nous différencier en tant qu’êtres humains. Je pouvais voir les lignes de la paume, et quand elle a retourné la main, j’ai pu en voir les ongles, formés. Et elle le jette à la poubelle. Elle replonge les pinces et retire une petite jambe très bien formée, j’ai regardé sous le pied, il y avait des empreintes sous la peau, ses petits ongles, et ce qui m’a beaucoup émue, c’est qu’il y avait des petits poils qui poussaient. « Partie numéro 2 », et elle la met à la poubelle. Elle a retrouvé l’autre bras, l’autre jambe, et finalement, elle a élevé la tête vers la lumière, c’était tellement douloureux : il avait déjà ses cheveux, ses petits yeux, son petit nez, ses oreilles, et ce qui m’a fait très mal, c’est qu’il avait la bouche ouverte, comme s’il avait hurlé à mort (litt : crié pour sa vie), et personne n’avait pu l’entendre parce qu’il n’avait pas de voix. Je vous rappelle que l’anesthésie était seulement pour la femme, pas pour le bébé. Je me le suis fait confirmer par une gynécologue guatémaltèque expérimentée : le bébé a senti chaque démembrement (litt : arrachement) de son corps. Et elle l’a mis à la poubelle et a dit :  « l’avortement est réussi ». Moi, j’avais vu ce petit bébé de seulement trois mois de gestation, et quand je me suis rappelée que j’avais avorté pour la première fois à quatre mois, j’ai compris qu’on m’avait trompée. On m’avait dit que ce n’était qu’un amas de cellules, mais ceci n’est pas un amas de cellules, c’est un être humain.

Mais je suis restée muette, lâchement. J’ai fait celle qui était forte, je pourrai survivre à cela. J’étais traumatisée, et j’ai essayé de survivre à ce traumatisme. Je ne comprenais pas comment mes collègues pouvaient chercher les membres des bébés et dire « qu’est-ce que tu vas faire ce week-end ? Que vas-tu manger à la pause ? » Le docteur arrivait pour demander « alors ? Toutes les parties sont bien là ? » en sifflant, chantant, plaisantant, en faisant des blagues avec les collègues. Moi, je me disais : ces gens sont comme des robots, des zombies, ils ne sentent rien de ce que je ressens, ils ne voient pas que cela, c’est un être humain ! Mais je me taisais. Et chaque jour, dans cette clinique, ces jours d’avortements… C’est absolument horrifiant d’entendre le bruit de la machine aspirante « bjûûûû ! » toute la journée. Les femmes s’évanouissaient littéralement, on les traînait dans les couloirs. Je sautais d’une chambre à l’autre, d’un avortement à l’autre. Pour moi, c’était une machine à tuer les humains, comme une boucherie : la fille entre, avorte,  jambes-pieds-tête, la fille sort. Une autre arrive, avorte, jambes-pieds-tête …etc. Toute la journée, une machination financière, pour faire du business. C’était tellement laid ! A la fin de la journée, le sac poubelle contenait les parties de 25 corps humains accumulées dedans. Je demandai à l’infirmière : « Qu’est-ce qu’on va faire de ce sac ? – Ah ! Avec ces déchets ?! Eh bien on ne peut pas les mettre dans les conteneurs dehors, car des femmes pourraient sortir, ouvrir les conteneurs et découvrir leurs enfants morts et démembrés dedans. Alors on les stocke dans le congélateur là bas, et une entreprise passe les prendre une fois par mois pour les mettre à la décharge. Cela se passait il y a 14 ans. Mais de nos jours, on sait que le planning familial fait un trafic de parties d’organes de bébés : le business ne s’arrête pas.

Donc j’y vais, j’ouvre ce grand congélateur et à ma grande surprise je me retrouve face à des blocs de glace constitués entièrement de morceaux de bébés, qui venaient de tous les avortements ayant eu lieu ce mois-ci. Imaginez-vous, des blocs de glace, avec des bras, des têtes qui semblent encore crier… c’est tellement horrible ! Cela se passait le même jour où le monsieur est passé pour les emmener à la décharge. Je pleurais tous les jours dans ma voiture, et tous les jours, je me sentais coupable car je me rendais compte que j’avais assassiné mes trois enfants. Mais que vais-je devenir si je pars d’ici ? Comment vais-je me payer ce dont j’ai besoin ? J’ai besoin de mon travail !

J’y ai travaillé un mois, je n’ai pu en supporter davantage, car le dernier jour, lorsque je suis arrivée, il y avait une jeune fille qui attendait avec le ventre gros comme ça (geste). Et la responsable me dit, toute contente – jamais de ma vie je ne l’avais vue contente comme ça – mais c’était parce que cette fille de 16 ans allait devoir débourser 3.000 dollars (2.634,03 €) pour avorter. « Patricia, tu vas t’occuper d’elle pendant son avortement, elle en est à 6 mois de grossesse et ce sont des jumeaux ! » Or, on sait qu’un bébé de 6 mois est parfaitement viable, même s’il naît prématuré, il y en a beaucoup qui sont nés comme cela. Et moi, je n’avais pas le cœur à voir deux petits frères démembrés dans la bassine de verre, et je suis sortie en courant de cet endroit.

Je suis ressortie très choquée par cette expérience, je me considérais comme une meurtrière, une complice qui aidait les mamans à tuer leur enfant en les trompant, et ayant tué mes propres enfants dans mon propre corps, je suis devenue folle ! J’ai commencé à traîner avec un jeune qui était accro à la drogue. J’éprouvais énormément de douleur dans mon cœur, et la cocaïne m’aidait à endormir cette douleur. Bientôt, elle ne me faisait plus rien parce que j’en consommais quotidiennement, alors j’ai commencé à prendre une drogue qui s’appelle les méthamphétamines, qui se fume avec une pipe, une drogue plus forte, plus puissante. Comme j’étais droguée sans arrêt et que je ressentais tant de douleur, je ne pouvais pas travailler ni étudier en étant droguée. J’ai perdu ma maison, mes voitures, tout ! Et je suis restée trois années plongée dans la drogue, j’étais à la rue, complètement droguée, accro à la cocaïne et aux méthamphétamines. Je dormais sur des banquettes, dans la rue, dans des voitures, dans des chambres d’hôtels avec tout un tas de gens drogués. Je n’avais pas le courage de parler à mes parents parce que je ne valais plus rien, j’étais devenue un déchet. Les valeurs de la vie étaient le succès, la beauté, et moi je n’avais plus aucune valeur. J’étais trop honteuse à l’idée de parler à mes parents. Je me rappelle m’être regardée dans un miroir : je ne reconnaissais pas cette femme qui était heureuse, qui avait des rêves, cette princesse adorée par ses parents, qui voulait accomplir beaucoup de choses en ce monde. La seule chose que je voyais était une mort-vivante. Après avoir fumé autant de drogue, je m’étais arrachée tous les cheveux, je n’avais plus de chevelure. J’étais tellement maigre que je m’étais voûtée (litt : bossue), mes os saillaient dans mon dos, on voyait mes côtes, les yeux étaient tout humides à cause des pleurs et du manque de sommeil. Dans le miroir, je voyais la mort, et une personne qui ne valait plus rien, qui était un déchet.

Et un jour, je me suis fortement disputée avec mon fiancé, et il m’a laissée affalée sur une banquette. Je pensais qu’il allait revenir vers moi, qu’il voulait me mettre en colère, me contrarier. Mais il est monté dans une voiture, et m’a laissée seule : il n’est jamais revenu.

Les heures passaient, et je me suis mise à pleurer, à pleurer, pleurer, parce que j’étais abandonnée sur ce banc, j’avais faim, soif, sommeil, et je n’avais plus rien, je touchais le fond. Au milieu de mes pleurs, pour la première fois de ma vie, dans mon cœur j’ai senti le Dieu le Père. J’ai senti qu’il me regardait avec compassion depuis le Ciel, et qu’il avait toujours été avec moi depuis le jour de ma naissance, pendant toute ma vie, mais Il attendait le moment où je me tournerais vers Lui. Et à ce moment, je me tournai vers Lui, et je Lui ai dit : je n’ai rien, Tu es la seule chose que j’aie à ce moment. Je n’ai plus ni drogue, ni famille, ni amis, plus rien. Mais je veux tout de même Te remercier pour l’enfance si heureuse que Tu m’as donnée, et pour ces parents si merveilleux. C’est moi qui ai détruit ma vie et je veux T’en demander pardon.

J’ai passé mes bras autour de mes jambes tout en continuant à pleurer … et j’ai senti des bras qui m’entouraient. Et quand j’ai ouvert les yeux pour voir qui m’avait prise dans ses bras, j’ai vu une jeune fille blonde, aux yeux bleus remplis d’amour et de miséricorde. Son nom est Bonnie, je l’ai lu sur le badge qu’elle portait. Elle me regarde dans les yeux et me dit : « Jésus t’aime ! » Je réponds : – Quoi ?! Et elle me répète « Jésus t’aime ! Je suis serveuse dans ce restaurant là-bas, Dieu vient de me dire dans mon cœur : – Bonnie, retourne toi vers la fenêtre, et va dire à cette fille abandonnée et droguée que Je l’aime et que Je lui pardonne tout. Même si son père ou sa mère venaient à l’abandonner, Moi, Je ne l’abandonnerai jamais, Je serai avec elle, jusqu’à la fin des temps ». Cela, c’est la miséricorde divine de Jésus-Christ ! Car j’ai compris alors que c’était Jésus qui était descendu pour moi, c’était Jésus qui avait fait le chemin vers moi et qui m’a pris dans ses bras à ce moment, qui m’a regardé dans les yeux et m’a dit « Je t’aime et Je te pardonne, Je suis avec toi ». Mais pour que ce miracle puisse m’arriver, je devais d’abord me repentir. Et cette fille me dit : « Je t’emmène chez toi, dans ta maison, peu importe où elle se trouve, je t’emmène ». Elle me dépose chez ma mère, qui entre temps était revenue aux États-Unis, et ma mère m’embrasse en me disant :  « Patricia, cela fait trois ans que je prie pour toi, je suis revenue à la foi catholique. A genoux pendant les messes, devant le Saint Sacrement, je demandais que tu reviennes à la maison ».

Alors je veux dire à tous ceux ici présents que les prières d’une mère sont tellement fortes et puissantes que Dieu leur donne une place spéciale dans Son Cœur. Je veux dire aux mamans ici présentes de ne jamais désespérer si elles ont un enfant qui est perdu, car si Dieu a fait ce miracle pour moi, Il peut le faire pour n’importe lequel de leurs enfants. Et je rends grâces à Dieu pour (l’exemple de) la vie de ma mère, parce que sans ma mère et sans la miséricorde divine, je ne serais pas ici en ce moment en train de vous livrer ce témoignage.

Ma mère m’a emmenée à la messe, je me suis confessée, j’ai commencé à guérir, et j’ai retrouvé ma dignité d’enfant de Dieu alors que j’ignorais ce que c’était. Maintenant je sais que je suis fille de Dieu. Elle (ma mère) m’a emmenée dans une maison de retraite spirituelle, qui s’appelle le Vignoble de Rachel, pour guérir de mes avortements, parce que moi, je n’arrivais pas à me les pardonner, même si je les avais avoués en confession. J’entrai dans cette maison comme la mère meurtrière qui avait assassiné ses trois enfants. Mais pendant la nuit du samedi, lorsque j’ai fermé les yeux pour une méditation, j’ai vu mes trois enfants debout devant moi comme ceci : une petite fille, un petit garçon, et une petite fille. Et comme je venais vers eux, ils sautaient de joie, avec tant de miséricorde. Et ils criaient : « Regardez ! Notre maman arrive ! Comme nous l’aimons, comme nous l’aimons ! Regardez : nous connaissons maintenant notre mère ! ». Je me rappelle que la plus petite sautait sans retenue, et a retourné sa tête pour dire à son frère et à sa sœur : « Regardez ! C’est notre maman, qu’elle est jolie ! », et j’ai remarqué qu’elle avait des rubans dans les cheveux. J’ai senti que Dieu me parlait dans mon cœur et me disait : « Patricia, c’est la Vierge Marie qui a mis ces vêtements à tes filles et à ton fils, et qui les a coiffés, pour qu’ils soient beaux pour toi. Tu peux être sûre qu’ils sont sous Ma protection et sous celle de la Vierge Marie, au Ciel ».

Quand je suis sortie (litt : réveillée) de  cette méditation, où j’ai pu ressentir la miséricorde de mes enfants, alors seulement j’ai pu guérir. Je pense si beaucoup de femmes ne peuvent guérir, même si  elles savent que Dieu leur a pardonné, c’est qu’elles ont besoin de sentir le pardon de leurs enfants non-nés. A partir du moment où j’ai vu l’amour qu’ils me portaient, j’ai voulu me rattraper. Comme j’avais été une mauvaise mère, comme je les avais tués, je voulais devenir la meilleure des mères dès ce moment. Je leur ai fait la promesse de défendre la vie, de tout mon cœur et de tout mon être, pour réparer tout le mal que j’ai fait. La première de mes filles s’appelle Mariana, en l’honneur de la Sainte Vierge, mon fils s’appelle Emmanuel, ce qui veut dire « Dieu parmi nous », en l’honneur de Jésus, et la dernière s’appelle Rosie en l’honneur du Rosaire.

Vous savez combien ce combat est une croix lourde à porter, je sais aussi combien vous vous sentez découragés parfois par la vie, mais je voulais vous donner une parole de consolation que m’a dit mon directeur spirituel : « Patricia, ne t’attends pas à voir les fruits (de ce que tu fais). Quelquefois, si on ne voit pas de fruits, on se décourage. Mais le jour où tu arriveras au Ciel, Patricia, tous ces enfants non-nés vont venir t’embrasser, et te remercier. Et toutes ces personnes qui travaillent pour la vie auront un jugement spécial le jour de leur mort. Jésus est notre avocat. Mais quand nous, les pro-vie, serons devant le Père, les voix des non-nés vont crier : « Père, Père, soyez miséricordieux envers ces âmes parce qu’elles nous ont aimés». Quand vous mourrez, ces voix clameront pour vous « Père, Père, soyez miséricordieux envers ces âmes parce qu’elles nous ont aimés». C’est ce que nous espérons : ne pas voir de fruits sur la terre, mais en voir dans le Ciel, ce sera notre couronne de perles.

Vous savez, ce fut très difficile pour moi à mes débuts dans la vie, j’ai dû passer à travers de très fortes épreuves, comme il nous en arrive toujours…

Il y a quelques années, je travaillais avec un dermatologue. Un jour, il me dit «  Patricia, on a une réunion très importante, j’ai besoin que tu me soutiennes. – Bien sûr !

– Voilà, on va bientôt vendre ces produits exclusifs, qui sont très chers, j’ai besoin que tu croies en ces produits comme j’y crois moi-même ! »

La réunion arrive, le représentant des crèmes nous dit « nous allons vous expliquer d’où viennent ces crèmes ». Il sort une grande affiche avec, en haut, un fœtus mort. Et il dit : « ces crèmes anti-rides viennent de femmes enceintes qui se sont rendues compte que leur enfant allait naître avec le syndrome de Down. Elles avortent, nous donnent les tissus, le fœtus, et nous fabriquons ces crèmes anti-rides ». Le processus commence par un fœtus, une flèche, puis le fœtus est mis à bouillir dans l’eau chaude, « comme un bouillon de poulet » disait le représentant, et le circuit se termine avec la crème anti-rides. Les affaires continuent. Et nous, nous devons avoir le courage, même si nous ne voyons pas de fruits, même si nous nous décourageons, de persévérer et d’être les voix de tous ces enfants qui sont devenus une marchandise.

Alors je veux vous dire, s’il vous plaît, ne vous découragez pas, donnez de la voix, n’attendez pas de voir du fruit sur la terre mais plutôt dans le ciel. Je veux vous remercier de m’avoir fait venir ici, et je vous demande vos prières parce que ce combat est très difficile et je vous promets de toujours prier pour vous. Merci beaucoup. Merci (applaudissements), merci (applaudissements debout), merci à Dieu.

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Publié par:
Benoit

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avril 23rd, 2016

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