La madone des bidonvilles, une icône controversée

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La madone des bidonvilles, une icône controversée


lalsace.fr, 02/09/2016
Un sacré portrait de sainte, avec sa part de ténèbres.  Photo AFPSuperstar de la charité, incarnation de l’« Église pauvre pour les pauvres » chère au pape François, la religieuse était opposée à l’avortement et la contraception. Elle a aussi douté de Dieu et de sa foi.
Il reste d’elle l’image toute simple d’une religieuse en sari de coton blanc bordé de bleu, installée dans un bidonville de Calcutta, en Inde, pour venir en aide aux plus démunis. Il reste d’elle le souvenir d’une icône de l’Église catholique du XXe siècle, à l’origine de la création, en 1950, de la congrégation des Missionnaires de la Charité. Une sainte femme humaniste et altruiste, tendant une main secourable aux laissés-pour-compte, aux orphelins, aux lépreux, aux malades mentaux, aux mères célibataires, aux malades du sida. Elle est à l’origine de l’ouverture de plusieurs hospices et hôpitaux pour des personnes âgées et des handicapés délaissés.
Son visage le plus dogmatique

Mère Teresa de Calcutta, née Agnès Gonxha Bojaxhiu le 26 août 1910 dans une famille albanaise pieuse du Kosovo, sera élevée au rang de sainte demain au Vatican, par le pape François.

L’Église a reconnu que la religieuse morte en 1997 avait réalisé deux miracles de guérison, réunissant ainsi les critères pour sa canonisation. Une Indienne, atteinte d’un cancer irréversible, avait été guérie en priant deux heures devant la photo de mère Teresa. La sœur albanaise avait été béatifiée par Jean-Paul II le 19 octobre 2003, au cours d’une cérémonie à Rome rassemblant 300 000 fidèles.

Des ombres ternissent son aura. On la croit progressiste, elle fut ultra-réactionnaire, la gardienne farouche de la morale de l’Église. Dans son discours d’acceptation de son prix Nobel de la Paix en 1979, la frêle religieuse de 1,54 m avait montré son visage le plus dogmatique et dénoncé l’avortement : « la plus grande force de destruction de la paix aujourd’hui, un meurtre direct par la mère elle-même ». Elle fut aussi une adversaire résolue de la contraception.

La « sainte des bidonvilles », qui a passé sa vie à soulager la misère la plus sordide, suivait un sacerdoce : « Nous ne sommes pas des travailleurs sociaux. Il se peut que nous fassions un travail social aux yeux des gens, mais en réalité, nous sommes des contemplatives au cœur du monde ».
Des doutes au paradis

À travers les plus miséreux, elle se met au service de Dieu. Jusqu’à une complaisance qui met mal à l’aise. « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance ».

« À chaque fois qu’elle voyait un pauvre qui souffrait, elle voyait Jésus souffrant dans cette personne », témoigne l’Américaine Mary Johnson, missionnaire de la Charité pendant 20 ans. « Parfois, elle en oubliait la vraie personne en face ». Mère Teresa ne partageait pas seulement la souffrance des pauvres, elle allait jusqu’à l’usage quotidien des mortifications.

Ses tourments spirituels assombrissent aussi son mythe de figure pieuse. La nouvelle sainte, dont l’un des deux miracles de guérison a été contesté par des médecins indiens, n’était pas une servante de Dieu sans questions intimes. Mère Teresa a douté et souffert dans sa foi comme l’ont révélé après sa mort des extraits de sa correspondance, publiée aux États-Unis. « S’il y a un Dieu, s’il vous plaît pardonnez-moi, quand j’essaie de me tourner vers le paradis, il y a un tel vide coupable… » Avec sa canonisation, l’Église reconnaît officiellement qu’elle est au paradis.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
septembre 4th, 2016

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