En matière d’avortement, l’enjeu aujourd’hui en France est de rétablir une vraie liberté de choix

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En matière d’avortement, l’enjeu aujourd’hui en France est de rétablir une vraie liberté de choix


ndf, 12/10/2016
"La vérité sur l'avortement aujourd'hui", une série d'entretiens avec des femmes, des conseillères familiales, des médecins et des sages-femmes qui montrent à quel point les femmes sont aujourd'hui poussées vers l'avortement.Entretien au téléphone avec Sabine Faivre, auteur de La vérité sur l’avortement aujourd’hui, qui s’est déroulé le 30 septembre 2016 dans le cadre de la préparation d’un article pour le compte de l’hebdomadaire polonais Do Rzeczy sur le lien entre avortement et violation des libertés en France.

Diplômée en éthique médicale et titulaire d’une maîtrise de sociologie et de psychologie du développement, Sabine Faivre a piloté la rédaction du rapport national bioéthique du Parti Chrétien-Démocrate en 2009. Son ouvrage La vérité sur l’avortement aujourd’hui, publié en 2006, décrit des entretiens pré-IVG auxquels Sabine Faivre à participé dans le cadre d’une recherche en éthique médicale sur les conséquences de l’avortement validée par la Faculté de Médecine de Marseille, ainsi que ses propres entretiens avec des médecins pratiquant l’avortement, des sages-femmes, des infirmières, une généticienne, des femmes ayant subi une IVG et une association spécialisée dans l’accompagnement post-IVG.

 

***

 

Olivier Bault : Peut-on exprimer librement en France son opposition à l’avortement ?

Sabine Faivre : Sur la liberté d’expression, de conscience, d’information sur la question de l’avortement, il y a une montée en puissance même si cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis la loi Veil, progressivement se sont mises en place des mesures interdisant petit à petit une quelconque opposition. D’abord il y a eu le délit d’entrave qui faisait encourir une peine de prison à ceux qui voulaient entraver physiquement l’avortement. Ensuite il y a eu la notion de détresse qui a été supprimée, etc. Il y a eu tellement de mesures que je ne peux pas toutes les citer, mais depuis 2015 il y a eu la suppression du délai de réflexion, la remise en question de la clause de conscience pour les chefs de service hospitalier qui pratiquent l’IVG, l’établissement de quotas de nombres d’avortements par rapport au nombre d’accouchement, fixés, on ne sait pour quelle raison, à au moins 1 avortement pour 4 accouchements dans un service hospitalier, une obligation de résultat en quelque sorte. Et puis il y a eu énormément de choses avant. Par exemple sur le fait qu’on autorise les mineures à avorter sans le consentement de leurs parents, l’allongement du délai légal de l’avortement, et puis récemment, en septembre, la privation de l’objection de conscience des pharmaciens, qui ne peuvent plus objecter pour la délivrance de produits susceptibles de supprimer la vie d’un enfant, comme la pilule « du lendemain », ou le RU-486, par exemple. Cela, c’est une atteinte très grave à la liberté de conscience. Et puis récemment encore, il y a le projet de la ministre mal nommée de la Famille, pour un projet de loi sur un délit d’entrave « numérique » à l’avortement. En fait elle s’est rendue compte que les « pro-vie » étaient très présents, et de plus en plus, ce qui est positif d’ailleurs pour la démocratie, sur les réseaux sociaux. Ils maîtrisent parfaitement les outils Internet, ils ont développé des sites, et donc la ministre Laurence Rossignol a décidé que ces sites étaient mensongers et faisaient de la désinformation auprès des femmes, et que donc à ce titre ces sites devaient être condamnés. Par conséquent, il va y avoir ce délit d’entrave numérique qui bâillonnera complètement la liberté d’expression, et surtout d’information sur l’IVG.

OB : Parce qu’en fait sur ces sites, il n’y a pas de mensonges particuliers, ce sont des sites qui informent réellement ?

SB : Incontestablement, oui. Là nous sommes vraiment dans l’idéologie pure, parce que quand on regarde les sites en questions, ce sont des sites qui présentent des informations objectives sur l’avortement, qui disent la réalité des choses, qui offrent des informations pour que la femme ait une conscience éclairée. A contrario, le site gouvernemental ivg.gouv.fr est un chef d’œuvre en matière de mensonge. Un chef d’œuvre de manipulation des consciences, d’idéologie pour forcer, en quelque sorte, les femmes à recourir à l’avortement en cas de grossesse imprévue. Comme si, finalement, c’était la seule solution pour une femme d’avorter en cas de grossesse imprévue ou non désirée, et que le fait de proposer autre chose était une atteinte aux droits de la femme. Alors on est dans une inversion complète des valeurs, puisque le site mensonger, c’est bien le site du gouvernement, et le site objectif, c’est le site des personnes qui cherchent à présenter l’avortement tel qu’en lui-même, dans sa réalité, dans ses conditions, dans ses conséquences. Nous sommes dans un combat idéologique. C’est le combat de la vérité contre le mensonge. Il faut rétablir la vérité contre vents et marées, mais le problème en France, c’est que petit à petit on risque la prison.

OB : Le délit d’entrave lui-même avait déjà été pas mal étendu ? Ce n’est déjà plus simplement le fait de s’opposer physiquement à un avortement, n’est-ce pas ?

SB : Oui, ce délit d’entrave concerne aussi l’information, c’est-à-dire que le fait de proposer des aides est considéré comme une entrave. C’est suffisamment flou pour que des personnes ou des associations qui ont des contacts avec des femmes en difficulté puissent être condamnées si elles proposent des aides à des femmes qui voudraient garder leur enfant. Il y a un délit d’entrave sur l’information qui n’est pas très clair dans la loi

OB : Vous relatez dans votre livre des entretiens avec des femmes qui souhaitaient un avortement. Ces entretiens étaient obligatoires et s’accompagnaient d’un délai de réflexion. Et vous expliquez qu’au départ, dans la loi Veil, cet entretien était destiné à essayer de convaincre la femme de garder son enfant. Pourtant, dans les entretiens auxquels vous avez assisté, c’était déjà tout le contraire, et quand vous vous vouliez au cours de ces entretiens proposer des solutions alternatives, vous vous faisiez sévèrement réprimander.

SB : Complètement, oui. Je dirais même que c’est la grande escroquerie de la loi Veil qui au départ accordait une sorte d’exception, de dérogation, au respect de la vie. Dans l’idée de la loi Veil, 10 % devait être consacré à l’avortement et 90 % à la dissuasion. Mais en pratique les décrets d’application sur les aides n’ont jamais été votés et le résultat des courses, c’est que la loi Veil a débouché sur 100 % d’avortements et 0 % de prévention. Et donc ces entretiens auxquels j’ai participé n’étaient pas destinés à dissuader les femmes d’avorter, mais c’était devenu une simple formalité, jusqu’à ce qu’on supprime l’entretien préalable à l’IVG. Néanmoins, cet entretien, quand il existait encore, permettait de faire réfléchir la femme quand on tombait sur des personnes de bonne volonté. Il avait donc malgré tout un intérêt, mais il a malheureusement été supprimé. On court-circuite ainsi complètement la réflexion sur un acte grave qui a des conséquences à long terme sur la vie de la personne et dans son entourage. De fait, on n’a plus le droit de penser sur l’avortement aujourd’hui en France, on n’a plus le droit de poser des questions, c’est un sujet tabou.

OB : Et dans les médias français, en dehors d’Internet, peut-on parler malgré tout librement de l’avortement ? Peut-on par exemple dire dans les médias que l’avortement est un meurtre ?

SB : Non, on ne peut pas le dire comme ça, même si tout le monde le sait et tout le monde le pense. Il y a un tabou là-dessus, et une énorme chape de plomb idéologique. Pour tout vous dire, le professeur Israël Nisand, qui pratique lui-même des avortements, a dit récemment dans une conférence sur l’IVG que l’avortement était l’interruption d’une vie humaine. Et à la question de savoir quand une vie humaine commence, il répond « dès la fécondation », « dès la conception ». Et donc il y a une sorte de schizophrénie avec des personnes qui disent que l’avortement, c’est interrompre une vie humaine, mais que parce que la loi l’autorise on peut le pratiquer. Il y a une confusion en fait entre ce qui est légal et ce qui est moral. Et malheureusement on ne peut plus faire comprendre aujourd’hui à ces gens que supprimer une vie humaine, c’est tuer un enfant en croissance. Mais en même temps c’est un secret de polichinelle, tout le monde sait qu’avorter c’est tuer.

OB : Inversement, si le concept de délit d’entrave s’est beaucoup élargi, il n’y a plus de délit d’incitation à l’avortement. On peut donc contraindre ou pousser une femme à avorter sans être inquiété ?

SB : Exactement, et l’on est ici dans une inversion totale de la raison, puisqu’aujourd’hui effectivement, on peut inciter une femme à avorter sans être reconnu coupable d’un quelconque délit, ce qui est quand même assez stupéfiant !

OB : Vous évoquez dans votre livre des femmes qui très visiblement avortaient sous la contrainte ou les pressions, et qui n’auraient sans doute pas avorté si on leur avait proposé des aides. Est-ce que vous rencontrez encore aujourd’hui des femmes à qui cela arrive et qui vous en parlent ?

SB : Oui, j’en ai rencontrées récemment, et c’est toujours la même douloureuse et tragique réalité. C’est-à-dire que ce sont des femmes qui sont vulnérables, qui se laissent piéger par la société, parfois aussi par leur entourage, par leur conjoint, et qui sont contraintes de recourir à l’avortement alors que, fondamentalement, elles auraient souhaité qu’on les aide à garder leur enfant. C’est quelque chose que l’on retrouve systématiquement. Quand on les écoute, les femmes disent leur désir de vie. Elles disent aussi leur difficulté. Mais enfin ! Le rôle de la société, c’est aussi d’aider ces femmes à accueillir la vie, c’est notre responsabilité. Et donc là il y a un enjeu essentiel, ne serait-ce qu’en termes de liberté aussi, puisqu’une femme qui avorte sous la contrainte, parce qu’on ne lui présente pas de choix possible, elle n’est pas libre. L’enjeu, c’est donc de rétablir la liberté de choix, même si on pense que donner le choix de supprimer une vie est gravissime, parce qu’il faut quand même pouvoir rétablir au moins la liberté. La liberté ne peut se réaliser qu’en proposant des aides, des alternatives, parce que la femme au fond d’elle-même sait très bien qu’elle n’est pas faite pour avorter. Je pense que si on arrive déjà à cela, on aura accompli un grand travail.

OB : Est-ce que vous pensez que cette absence de liberté de choix a empiré ces dernières années avec la suppression du délai de réflexion, la gratuité complète de l’IVG, la création d’un « droit inaliénable à l’avortement », etc. ?

SB : Oui, complètement, tout cela a totalement entravé la liberté des femmes sur tous les plans. L’avortement devient une sorte de passage obligé. Dès lors que vous êtes confrontée à une grossesse imprévue, vous n’avez pas d’autre possibilité, au regard de la loi et au regard du système, que d’avorter. Et c’est cela que nous dénonçons, et nous continuerons à le faire, même si de plus en plus ceux qui cherchent à aider les femmes sont bâillonnés, bientôt condamnés. Alors on attend les premières condamnations. On attend que Mme Rossignol mette en prison une mère de famille qui aura essayé d’aider une femme à garder son enfant. Ce sera assez incroyable, mais peut-être que cela réveillera les consciences. De toute façon, quoi qu’il arrive, il faut toujours continuer à résister face à cette pensée unique qui cherche à imposer sa pseudo-morale et son idéologie.

OB : Vous expliquez dans votre livre, et je suppose que c’est encore pire aujourd’hui, qu’on ne propose aucune aide aux femmes qui demandent un avortement. L’État qui facilite l’avortement ne propose rien à celles qui pourraient malgré tout vouloir garder leur enfant, ou y a-t-il des aides publiques ?

SB : Il en existe quelques-unes, qui sont trop rares mais surtout qui ne sont pas reliées au système de mise en œuvre de l’avortement. C’est dans les endroits où les femmes auraient le plus besoin de ces informations qu’elles ne sont pas diffusées : les centres de planification, l’association du planning familial, les hôpitaux. Comme les informations sur les aides existantes sont absentes de ces lieux, les femmes ne savent pas que ces aides existent et qu’elles pourraient y avoir accès. Il y a des associations qui se sont créées pour venir en aide aux femmes en difficulté, mais elles ont peu de moyens. Il y a tout de même quelques structures d’hébergement qui sont connues, comme Tom Pouce, Magnificat et quelques autres, mais ces structures sont très rares. Il y a aussi quelques rares structures qui dépendent de l’État mais dont les femmes ne sont pas informées. Il en va de même pour les aides financières dont peuvent bénéficier les femmes enceintes qui se trouvent dans une situation difficile. Il y a ici un véritable verrou, parce qu’on considère que donner des informations sur les aides, c’est entraver la liberté de la femme d’avorter. Et quand les femmes vont dans les centres de planification, la seule information qu’on leur donne, ce sont des guides sur la manière dont se déroule un avortement et sur la contraception.

OB : Si un hôpital donne des informations sur les aides pour garder son bébé, il risque des poursuites pour délit d’entrave ?

SB : C’est tout le problème, oui. À l’époque où j’ai fait mon enquête, le délit d’entrave à l’avortement par l’information n’existait pas et j’avais proposé aux assistantes sociales de distribuer des dépliants sur les aides possibles pour les femmes enceintes, et cela avait très bien fonctionné, parce que les assistantes sociales étaient demandeuses de ces informations. Contrairement à ce qu’on pense, toutes ne sont pas sur le modèle « avortement à tout prix ». Ces femmes ne sont pas toutes des idéologues, il y en a un certain nombre qui sont des femmes de bonne volonté, et qui étaient désireuses de proposer autre chose que l’avortement, parce qu’elles se rendaient bien compte que l’avortement est un drame et que c’est un échec pour les femmes et pour elles-mêmes, en tant qu’assistantes sociales. Du coup, dans les mois qui ont suivi, on a aussi pu avec une association d’aide aux femmes en difficultés, mettre à disposition des informations sur les aides dans la salle d’attente de l’hôpital. Aujourd’hui, cela ne serait plus possible !

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
octobre 13th, 2016

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