L'amour commence in utero

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L’amour commence in utero


famillechretienne, 19/09/2017
Un cri secret d'enfant
Le lien intense qui unit le fœtus à sa mère est de plus en plus connu et étudié. La psychothérapeute Anne Schaub-Thomas en décrit les implications jusque dans la mémoire du futur nouveau-né.
Que se passe-t-il dans le secret du ventre maternel pendant la grossesse ?

Aujourd’hui, on sait que les échanges entre le fœtus et le corps de la mère ne se cantonnent pas à de simples échanges alimentaires, filtrés par la barrière placentaire, mais qu’ils engagent plus profondément toute la personne de la mère comme le futur développement relationnel, psychologique et affectif de l’enfant.

Les psychanalystes, pédopsychiatres, pédiatres, s’accordent tous à dire combien les troubles d’un enfant peuvent être directement liés à l’histoire de sa gestation. Dans Un cri secret d’enfant, Anne Schaub-Thomas, psychothérapeute, s’en fait l’écho. Elle évoque le cas particulièrement frappant d’Alexandre, petit garçon de 4 ans qui souffrait d’insomnies, de terreurs nocturnes et d’angoisses de mort. Lors d’une consultation, les parents ont découvert que la grossesse était très probablement gémellaire et qu’Alexandre portait la mémoire d’une petite sœur morte à 3 mois de grossesse.De son côté, la science confirme l’intuition de bien des mères, pour qui le moment de la naissance s’inscrit dans la continuité d’une relation bilatérale commencée dès les premiers mois de la conception. Le fœtus possède une mémoire, non pas consciente mais émotionnelle, qui s’inscrit durant les derniers mois de la grossesse dans l’amygdale, socle neurologique des émotions, et notamment de la peur.

Ce sont d’abord des impressions liées aux expériences sensorielles de l’enfant, lesquelles ont un impact émotionnel. L’ouïe, bien sûr. Dès le 4e mois, on observe que le fœtus « danse » au rythme de la musique et qu’il sait reconnaître la voix maternelle. Plus étonnant encore, les chercheurs ont remarqué qu’il réagit de façon toute particulière quand sa mère s’adresse à lui ou parle de lui ! D’où l’importance, selon Anne Schaub-Thomas, de parler à son enfant, car « le silence verbal relationnel peut le marquer ».

Le fœtus est également en relation avec le monde extérieur grâce au sens du goût, qui naît entre la 8e et la 11e semaine. Pour les mères qui allaitent, le bébé retrouvera, dans le lait maternel, le goût du liquide amniotique. Le toucher joue enfin un rôle très important dans cette relation, puisque l’haptonomie montre que l’enfant à naître est capable de répondre aux appels affectifs de la main à travers le ventre de sa mère.

La mémoire des émotions fœtales

La vie psychologique de la mère influe elle aussi sur l’enfant. Si elle est « soumise à un stress majeur, le fœtus mémorise un substrat d’ambiances émotionnelles précoces tendues », estime Anne Schaub-Thomas. Inversement, la vie sociale, amoureuse et même sexuelle de la mère a un impact tout à fait positif sur le fœtus. La production de l’hormone de plaisir, l’ocytocine, baigne ce dernier et favorise l’attachement entre la mère et son enfant. Ainsi, « les émotions fœtales, bonnes ou mauvaises, et celles de l’entourage pendant sa gestation, laissent des traces, qui se manifesteront en termes de santé physique et psychoaffective tout au long de la vie du sujet », analyse la pédiatre Catherine Dolto. Ces traces se retrouvent sur les gènes du fœtus eux-mêmes.

Plus étonnant encore, selon les médecins, la façon même dont la conception s’est faite influe sur le développement affectif de l’enfant. Benoît Bayle, psychiatre, parle ainsi d’un syndrome du survivant qui serait applicable à « la survivance conceptionnelle ou prénatale, c’est-à-dire le fait, pour un embryon ou un fœtus, d’appartenir à un groupe de pairs décimé », dans le cas notamment de la PMA qui requiert la création de plusieurs embryons.

Pour grandir, le fœtus a besoin de se sentir aimé et attendu par sa mère, faute de quoi il pourrait être sujet plus tard à « une angoisse existentielle potentielle d’abandon, voire une angoisse de néant », écrit Anne Schaub-Thomas. Une conviction née de son expérience clinique, où les cas de déni de grossesse, de refus d’attachement de la mère à l’enfant ou d’angoisse à l’idée de le perdre, sont fréquemment associés chez le petit à des troubles de rejet de la mère ou au contraire de peur irrationnelle de la perdre.

Celle-ci, de son côté, est profondément bouleversée par l’enfant qu’elle porte, et qui modifie ses gènes, et même son cerveau ! En 2010, le congrès « À l’aube de la vie humaine », à Rome, découvre qu’une « infinité de messages passent de l’embryon à la mère à travers des substances chimiques comme les neurones et les neurotransmetteurs. Ces informations servent à adapter l’organisme de la mère à la présence d’un nouvel être. L’embryon envoie des cellules qui colonisent et s’implantent dans la moelle sanguine maternelle ». Ces cellules dites « staminales » sont présentes dans le corps de la mère jusqu’à trente ans après son accouchement !

La conséquence surprenante est que le père transmet ainsi quelque chose à la mère, la grossesse créant une réelle triade « père-mère-enfant ». Le cerveau de la femme est même modifié pour une durée de deux ans, comme l’expose en décembre 2016 une étude publiée par la revue Nature  (1). Elle montre une diminution de la substance grise du cerveau maternel et établit que plus le cerveau change, plus la mère est attachée à son enfant. Les chercheurs concluent que le cerveau se spécialise et acquiert la capacité à savoir ce dont l’enfant a besoin, et que la grossesse commence à faire de la femme une mère, la personne la mieux placée au monde pour s’occuper de cet enfant particulier.

Des cellules influencées par l’environnement

Les gènes ne font pas tout ! On sait dorénavant que notre environnement, au sens large du terme, joue un rôle dans la manière dont notre organisme active ou différencie nos cellules. Pour faire simple : chacune de nos cellules comporte l’ensemble de notre patrimoine génétique (nos 46 chromosomes), mais elles n’utilisent pas ces gènes de la même façon. C’est ce que l’on appelle l’épigénétique. Certains gènes peuvent ainsi se retrouver muets et d’autres, au contraire, être davantage exprimés à différentes périodes de la vie ou du cycle cellulaire. Ceci est particulièrement vrai pendant les neuf mois de grossesse, durant lesquels l’enfant en gestation devient une véritable éponge de l’environnement qui l’entoure, à commencer par celui de sa mère. La pollution, le stress, le tabagisme, ou encore des charges émotionnelles fortes, peuvent ainsi transmettre aux cellules embryonnaires ou fœtales des signaux, provoquant une modification des gènes. Les cellules gardent en mémoire cette « agression » avec, à la clé parfois, des bouleversements dans le développement in utero ou plus tard sur la santé de l’enfant devenu adulte. Certains cancers, maladies cardiaques, prédispositions à l’obésité ou au diabète, pourraient avoir pour cause des événements d’ordre épigénétique.

Selon certaines études scientifiques, validées par l’Inserm, cette réactivité des cellules à l’environnement s’accroîtrait lorsque la cellule serait sortie de son milieu naturel. C’est le cas des cellules-souches embryonnaires étudiées en laboratoire ou des ovocytes prélevés lors d’une fécondation in vitro. Pour l’heure, les chercheurs ne connaissent pas précisément l’origine de ce phénomène, ni ses conséquences.

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
octobre 1st, 2017

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