La GLDF fête 50 ans de pilules maçonniques

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La GLDF fête 50 ans de pilules maçonniques


lexpress.fr, 14/12/2017
Ricker & Simon & CharuelJean-Paul RICKER, ancien Vénérale Maître de La Nouvelle Jérusalem, Perinne SIMON-NAHUM, fille de Pierre Simon, et Philippe CHARUEL, Grand Maître de la GLDF.

Le 13 décembre, dans le Grand Temple de son siège national à Paris, la Grande Loge de France a célébré à la fois les 50 ans de la Loi Neuwirth de libération de l’usage des contraceptifs et la mémoire de son ancien Grand Maître Pierre Simon, décédé en 2008, qui fut l’un des principaux artisans de cette loi. Ce gynécologue militant de la cause des femmes œuvra aussi à la rédaction de la Loi Veil de 1975 sur l’Interruption volontaire de grossesse (IVG). Pour cette célébration, ont planché: la fille de Pierre Simon, Perrine Simon-Nahum, et deux frères de la loge La Nouvelle Jérusalem, où a été initié Pierre Simon en 1953. Auparavant, j’avais pu longuement m’entretenir avec Perrine Simon-Nahum et Jean-Paul Ricker, ancien vénérable maître de La Nouvelle Jérusalem (2006-2009).

Bien sûr, un anniversaire n’est pas en soi intéressant, c’est un tantinet institutionnel. Certes. Mais, je fais exception, car se replonger un demi-siècle en arrière m’apparaît bigrement passionnant sur un sujet aussi essentiel. Étonnant même. On a tendance à oublier que les mondes maçonniques et politiques étaient si liés. Ainsi, les lois de 1967 et de 1975 sur la contraception et l’avortement sont les dernières réformes qualifiées de maçonniques. Un peu à tort, car bien des profanes furent de l’aventure. Surtout à raison, car des sœurs et des frères ont pris une part prépondérante dans cette évolution majeure de notre société. Au premier plan d’entre eux, le médecin et franc-maçon Pierre Simon.

Un  parcours politique très impliqué

« Médecin et franc-maçon ». Oui mais sacrément politique aussi. Et avant tout. Car chez cet homme né en 1925 dans une famille juive bourgeoise de l’est de la France, l’engagement politique a précédé, de peu, l’initiation. En 1951, il fonde avec Charles Hernu le Club des jacobins, alors qu’il est initié à la Loge La Nouvelle Jérusalem de la GLDF en 1953. Son parcours politique le conduit ensuite au Parti radical-socialiste du franc-maçon Léon Bourgeois… et de Pierre Mendès France. Le jour de l’exclusion de ce dernier, il participe à la fondation du PSA (Parti socialiste autonome) d’Edouard Depreux, une des trois composantes qui se regrouperont pour la fondation du PSU (Parti socialiste Unifié) le 3 avril 1960… le parti de Michel Rocard. Il revient ensuite au Parti radical. Il sera même candidat à deux reprises, en 1967 et en 1968, aux élections législatives, sans être élu. Mendésiste, rocardien… et proche de Jean-Jacques Servan-Schreiber, le fondateur de L’Express en 1953 avec Françoise Giroud.

Simon Pierre

Pierre Simon

J’insiste sur ce parcours politique pour en venir à l’essentiel. Faire aboutir ses combats pour libéraliser la contraception et l’avortement était d’autant plus difficile que notre société était férocement verrouillée, au niveau religieux et politique. Et pour faire sauter le verrou, Pierre Simon a agi en politique au cœur du pouvoir d’Etat. Et ce en exploitant l’imbrication entre les pouvoirs politiques et maçonniques, grâce à sa position de frère puis de haut dignitaire d’une obédience. Pas d’erreur, cette imbrication politico-maçonnique n’est plus vraiment d’actualité aujourd’hui. Simon a été Grand maître de la GLDF de 1969 à 1971 et de 1973 à 1975. On peut s’étonner que la GLDF fut en pointe sur la contraception et l’avortement, dans le paysage maçonnique français. C’est que dans les années 1960, le GODF était moins progressiste sur les questions de société, avant de rattraper son retard au cours des décennies suivantes.

La souffrance des femmes, le sadisme de certains médecins

Revenons donc à ce combat en faveur de la contraception et l’avortement. Pierre Simon, comme médecin gynécologue est vite sensibilisé par la souffrance des femmes, par le sadisme de certains médecins. En 1953, il se rend en Russie, à l’Institut Pavlov de Leningrad, et contribue à ramener en France des données techniques sur l’accouchement sans douleur. Sur la contraception, on a oublié que l’opposition la plus farouche n’était pas située au sein de la droite catholique… mais plutôt au PCF, la force dominante de la gauche parlementaire des années 1950 et 1960. La compagne de Maurice Thorez, Jeannette Thorez-Vermeersch a déclaré : « Depuis quand les ouvrières réclameraient-elles le droit d’accéder aux vices de la bourgeoisie ? La pilule qui en fera des putains. » Une véritable campagne contre la contraception et l’avortement est donc menée par ces communistes. « Le PCF disait que la pilule était le moyen pour la droite de limiter les naissances dans la classe ouvrière afin de prendre l’avantage dans la lutte des classes ! », se souvient Jean-Paul Ricker.

Conscient qu’il fallait chercher une majorité dans toutes les travées de l’Assemblée nationale, le franc-maçon Pierre Simon a donc aussi mené son combat politique à travers la Fraternelle parlementaire, cette discrète association qui rassemble des frères et sœurs parlementaires de tous bords politiques. En 1959, il contribue à lancer le Mouvement pour le planning familial, mouvement pour le contrôle des naissances qui trouve des relais médiatiques, notamment à L’Express et au Monde. Et il y a cette rencontre avec le député gaulliste Lucien Neuwirth, un profane… convaincu par Simon d’aller convaincre l’épouse du Général de Gaulle. La loi Neuwirth est finalement votée en décembre 1967… et elle abolit la loi de 1920 qui interdit à la fois la promotion de la contraception et l’avortement.

«J’ai fait initier la moitié du cabinet… »

Au cœur de l’appareil d’Etat, comme membre du cabinet de deux ministres de la Santé, Robert Boulin puis Simone Veil, Pierre Simon a contribué à rédiger la loi sur IVG adoptée en 1975 après un houleux débat. Dans une vidéo diffusée dans le Grand temple de la GLDF, ce 14 décembre 2017 Rue Puteaux à Paris, on sourit en entendant Pierre Simon raconter ses souvenirs auprès du ministre Robert Boulin, dont il était très proche : « J’ai fait initier la moitié du cabinet… et même Boulin m’a demandé d’entrer en maçonnerie, alors qu’il était catholique traditionaliste… je l’en ai dissuadé en raison de son statut de ministre ! »

Deux autres événements de 1971 marquent la vie de Pierre Simon et font que certains se souviennent de lui. Le plus connu est la publication du « Rapport Simon » consacré au comportement sexuel des Français. C’est un ouvrage qui fait référence grâce au travail d’une équipe qui a réalisé plus de 2500 interviews de Français. Le second événement, nettement moins célèbre, relève de son mandat de Grand Maître de la GLDF : après de longues et épineuses tractations, Pierre Simon a réussi à faire plancher au siège de son obédience un évêque, Mgr Pézéril. Un exploit lorsque l’on sait l’hostilité de l’Eglise catholique envers la franc-maçonnerie. Un ostracisme qui n’a d’ailleurs pas encore disparu.

« Nous sommes dans une période de régression morale »

Les combats de Pierre Simon sont-ils derrière nous ? Est-il utile de les rappeler un demi-siècle plus tard ? La fille de l’ancien dignitaire s’enflamme avec une étonnante virulence : « Nous sommes dans une période de régression morale, me confie Perrine Simon-Nahum. Il n’y a qu’à écouter ceux qui prônent un retour à l’accouchement à domicile sans gynécologue ou ceux qui accusent la pilule de provoquer des cancers. Mon père et Lucien Neuwirth doivent se retourner dans leur tombe. »

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Publié par:
Benoit

Publié sur:
décembre 15th, 2017

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