IVG - Je n'ai pas oublié

On voudrait parfois oublier un événement de notre vie, mais on ne peut pas commander à sa mémoire.

IVG – Je n’ai pas oublié

 

Chaque IVG est l’aboutissement d’une histoire personnelle et intime qui reste unique. Elle peut avoir été vécue avec le sentiment de choisir librement ; elle peut aussi être apparue comme la seule solution possible ; elle peut enfin avoir été décidée sous la pression de l’entourage : un compagnon, un employeur, un proche, ou toute autre personne rencontrée lors de ce début de grossesse.

L’IVG touche à des réalités intimes chez la femme, et peut avoir de multiples répercussions sur sa vie.

Il n’est pas anormal de se sentir mal après une IVG, même des années plus tard.

Vivre après une IVG

Avoir le droit de parler, de pleurer, d’exprimer les sentiments qui se bousculent, même s’ils sont contradictoires. S’autoriser à dire ce qu’on a sur le cœur : sa peine, ses doutes, sa colère, son sentiment de culpabilité etc.

Oublier ? Ce n’est pas la question. Apprivoiser, vivre avec, mais vraiment vivre, c’est ce qu’on peut désirer très légitimement.

L’expérience de l’écoute permet de dire que c’est possible. Et si précieux.

« Cela fait 4 ans…Cela peut paraître beaucoup, mais c’est si présent dans ma tête… Et toute ma vie s’en ressent, comme si depuis, j’avais cessé de faire d’autre choix. Bref ! J’en souffre encore… »

« …Je fais des cauchemars la nuit, je ne dors plus, je regrette… Aujourd’hui j’ai l’impression d’être détruite, d’être rien.. »

« ..Cela fait 11 ans. Ma douleur reste la même. Dès que j’évoque le sujet, les larmes me viennent. »   

Chaque histoire est unique

L’intensité des réactions de la femme face à l’avortement est fonction de paramètres variables : circonstances de la décision, âge, maturité, contexte social et culturel, situation familiale, convictions philosophiques ou religieuses etc…

Peu de médecins ou de sociologues s’intéressent à ces questions, beaucoup de femmes  n’ont donc pas la possibilité de dire ce qu’elles ressentent, et les réactions peuvent apparaître des années après.

 Syndrome post-abortif

 

Un soulagement « sur le coup »

Il arrive souvent qu’au moment des faits, la femme éprouve un soulagement, surtout quand la décision a, semble t-il, été prise en toute liberté et sans pression. Elle peut se sentir comme libérée « d’un problème », elle reprend le contrôle de sa vie et continue comme si rien ne s’était passé.

 

Une trace silencieuse

Il semblerait que  rares soient les femmes à qui l’IVG n’a rien fait. Quelque chose semble s’être inscrit au fond d’elles, comme une  « trace silencieuse  installée ». Même si elle est enfouie au plus profond du cœur et du corps, et qu’elle ne laisse rien transparaître, ces femmes témoignent « qu’elle est pourtant bien là ».

Beaucoup de femmes aussi s’interdisent de nommer leur souffrance et d’en parler car elles considèrent qu’ayant décidé librement d’avorter, elles doivent assumer seules ce choix. Elles préfèrent alors se replier dans un silence protecteur.

« Dès que je pleure sur mon IVG, je vois que je dérange. On me fait comprendre que c’est de mauvais goût de souffrir ! Je l’ai voulu ? Je l’ai fait… je n’ai plus qu’à me taire ! » Emilie, 1an après son IVG 

Quelquefois des années après…

Un certain mal être peut se manifester juste après, mais aussi des années après une IVG. Il peut être déclenché par un évènement, une rencontre. Tout ce qui avait été enfoui revient alors en mémoire, et un sentiment de perte et de vide peut apparaître. Peuvent émerger alors de la culpabilité, un manque de confiance en soi, de l’anxiété, des troubles de l’appétit, des insomnies, des cauchemars… (C’est ce que certains psychologues ont appelé  le « syndrome post-abortif »)

La femme s’était en quelque sorte protégée de la douleur de l’acte  et vivait dans une espèce d’anesthésie psychologique. Cet état appelé  le déni, peut alors rapidement évoluer vers une brutale prise de conscience.

« C’était un lundi matin : 8h30. J’étais assise dans le métro et complètement absorbée par ma lecture ; rien ne semblait pouvoir troubler ma quiétude intérieure(…) Puis à une station monte une femme enceinte. Je lève les yeux machinalement, les baisse puis les relève. J’étais à la fois hypnotisée et bouleversée… Je n’arrive plus à croiser une femme enceinte sans ressentir d’abord un très grand trouble, puis une grande tristesse et je me mets à pleurer… »

Les effets physiques et psychiques possibles après une IVG

Chacune réagissant en fonction de son tempérament, certaines femmes se mettent à grossir et peuvent avoir des troubles digestifs. D’autres dépriment pendant des mois sans bien savoir pourquoi.

D’autres encore disent ressentir un malaise avec leur corps : frigidité,  dégoût d’elles-mêmes. Elles n’arrivent plus à avoir de relation avec un homme.

Le constat que nous faisons est que bien souvent l’ivg est révélateur des problèmes du couple. Assez souvent c’est l’homme qui réclame l’IVG (mais pas toujours), et sous sa pression, lorsqu’elle n’a pas d’aides et de soutiens extérieurs, la femme cède, pensant garder son compagnon à défaut de son enfant. Mais il peut s’ensuivre alors un ressentiment et de l’amertume qui accroissent les problèmes du couple, allant parfois jusqu’à provoquer la rupture.

 

Mais certaines femmes semblent bien vivre leur IVG ?

Heureusement que toutes ne vivent pas la souffrance que nous entendons dans nos antennes téléphoniques. Par ailleurs qui sait ce qui se passe dans le cœur de chaque personne quand on ne l’écoute pas en profondeur?

Et même si certaines ont pu construire un système de défense qui leur permet de vivre sans ressentir les traces de ce qu’elles ont vécu, il est alors fortement recommandé de respecter ce ressenti pacifié et de ne jamais le remettre en cause.

Leur paix en apprenant la grossesse d’une amie, leur joie de vivre devant le bonheur de leurs proches, leur amour des autres, sans agressivité ni colère pour ceux et celles qui ne vivent pas comme elles, témoigneront de cet état.

Elles ne feront jamais appel à Mère de Miséricorde, sinon pour proposer leur aide et leur soutien aux personnes plus douloureuses qui nous appellent.

Elles seront les bienvenues !