Le jeûne de réparation, le second jeûne chez Mère de Miséricorde. Mère de Miséricorde jeûne deux fois. Une première fois pour combattre aux côtés de la mère qui attend un enfant. C’est un jeûne d’intercession qui nous plonge au cœur du combat spirituel. Mais si la bataille pour cette vie semble perdue, la prière de Mère de miséricorde redouble : vient alors un second jeûne ! On l’appelle le jeûne de réparation. Chaque premier vendredi du mois nous sommes invités à ce jeûne, ainsi qu’un des vendredis de carême.
C’est ce second jeûne qui semble le plus énigmatique pour nos jeûneurs.
Il est pourtant capital pour notre œuvre de miséricorde. Il est même la source spirituelle des chemins de consolation et de nos sessions Stabat. Il s’enracine dans la plus vieille tradition du carême et il est le chemin que le Christ a pris pour nous sauver. Ce jeûne n’est donc pas accessoire mais fait partie de notre mission de missionnaire pour la vie (naturelle comme surnaturelle). Expliquons.
Pour le comprendre, il faut faire un détour par la contemplation du mystère de la communion des saints. Nous sommes un seul corps dans le Christ. Nous constituons donc une communauté. Nous sommes liés les uns aux autres. Or, notre société individualiste a tendance à croire que ce que fait un homme en privé le regarde. Ses actes personnels n’auraient aucune incidence sur la vie des autres. En réalité, aucun homme n’est une île. Chacun de nous est une partie d’un même continent.
L’écologie, par exemple, nous rappelle que nos actes ont un impact sur l’ensemble. C’est aussi vrai du capital économique d’un pays, qui augmenterait, si chacun donnait du meilleur de lui-même, à tous les échelons. C’est encore plus vrai des biens immatériels. La paix, le pardon, le respect sont des comportements qui favorisent un climat paisible dans nos communautés. Ceux qui ne respectent pas ces valeurs créent, en revanche, un environnement désagréable dont chacun subit les conséquences.
En définitive, le véritable bien commun d’une communauté c’est la qualité des rapports humains qu’on appelle précisément l’amour. Dans la vie de l’Église, ce bien commun est la charité et la grâce. Nos omissions, en ces domaines, lèsent l’ensemble de la communauté à laquelle nous appartenons !
L’avortement, dans ce réseau invisible mais bien réel, crée un déséquilibre grave.
Or de la même façon qu’on récompense un homme pour le bien qu’il a fait à la communauté, le péché mortel provoque un tel trouble dans l’ordre de la grâce, que le pardon, donné par Dieu, demande au pénitent de réparer le dommage commis, par un plus grand amour. Ce surcroît d’amour s’incarnera dans des œuvres qu’on appelle pénitences. Ces peines, librement consenties, imprégnées de charité sont comme les actes du Christ durant sa vie. Ainsi Jésus, en tant que chef de l’humanité, a posé des actes humains, libres, des actes d’amour, en particulier durant la passion, qui ont provoqué pour ainsi dire, les bienfaits du Père.
Au don total de sa vie a répondu le don du Père : l’Esprit Saint. Dans l’évangile selon saint Jean, il y a un lien très fort entre la passion et le don de l’Esprit Saint. Jésus au moment même où il dit que « tout est consommé », « remet l’Esprit ».
Et de son cœur transpercé coulent du sang et de l’eau, symbole de la vie divine qui est transmise dans les sacrements, et particulièrement par le Baptême et l’Eucharistie. Comme aiment à le répéter les pères de l’Église, par sa passion, un homme (Jésus) a réparé ce qu’un autre homme (Adam) avait perdu…
Notre jeûne de réparation suit ce grand geste sacerdotal du Christ.
Marie, la première Église, s’associa à cette médiation par ses peines imprégnées d’amour. Au pied le croix, elle alors devenue mère de miséricorde. Le curé d’Ars était si conscient de ce ministère, qu’il faisait lui-même les pénitences de ses pénitents, pour ne pas trop les accabler. De même, notre jeûne est une peine librement consentie par amour. Il a deux objectifs : réparer les peines de l’avortement (ses conséquences), et obtenir de Dieu un surcroît d’amour pour la maman afin qu’elle revienne à Dieu pour vivre dans la vérité de sa Miséricorde.
Ce jeûne de réparation est donc une offrande d’amour unie à celle du Christ, pour le salut des âmes ! Il construit le royaume de Dieu, la civilisation de la vie et de l’amour.
Fr Paul-Marie Cathelinais o.p.
